23 Novembre, get your hands dirty.

Au moins, je n’aurais pas boudé ma peine. Cette semaine, le chagrin m’a élimé comme un vieux torchon, jeté bas, au tapis par l’assaut de sentiments contraires. J’ai dormi comme une masse et au bout du compte, peu vécu. La grande machine de Shanghai n’a que faire de ma langueur et avance à un rythme affolant. Cette vitesse me sauve et m’oblige à aller et venir diligemment. J’ai signé un nouveau contrat, donné un coup de main à une équipe de stylistes en déroute et couru de meetings en rendez-vous. Je m’en sors à bon compte. Faut croire que je préfère travailler en ce moment. Car sinon, il me faudrait vivre. Mon bon, tu excuseras donc cette chronique aux petits pieds, empêtrée que je suis dans mon désappointement.20141121_194730

Vendredi, j’étais convié à un diner de working girls dans un lieu nommé éco-village. C’est un de ces ensembles créatifs construits au moment de l’expo et dont la greffe prend plus ou moins bien. La table des convives était dressée au milieu d’une boutique bio, affreusement chère et derrière la vitre brillamment éclairée, l’éco-village désert se diluait dans la nuit. J’ai pris un taxi pour y aller. Dans le taxi, sous le rétroviseur pendait une breloque l’effigie de Mao version Bernadette Soubirous. J’ai vu la Vierge Mao. La persistance de l’iconographie chrétienne me surprendra toujours.

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Mardi, j’avais rendez-vous vers 22h00 dans un nouveau bar F au sud de la rue Shaanxi. J’attendais C et L en arpentant le trottoir, m’arrêtant devant les boutiques qui fermaient les unes après les autres. Un magasin d’antiquités plongé dans l’obscurité : le bric-à-brac des objets anciens formait un tableau lugubre et inquiétant. Les phares de voitures passant dans la rue découpaient des ombres vacillantes. A côté, l’entrée du bar tranchait par sa netteté clinique. Au-dessus du comptoir vide en béton ciré, une invite couleur bleue néon : get your hands dirty. Mais il n’y avait personne pour se salir les mains. J’ai cru d’abord m’être trompée puis j’ai remarqué un vieux distributeur de coca-cola à demi encastré dans le mur. C’était la porte qui donnait sur un corridor étroit et débouchait sur un bar cossu et ambré comme un vieux marc.

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J est passé à Shanghai et nous avons fait un tour dans mon quartier en nous racontant des trucs. En général, cela commence par  un film coréen plein de violence aveugle et de rédemption in extremis que J vient de voir et me raconte par le menu. Il comble son déficit d’anglais par des pantomimes et des accents de basse russe. Puis, après cette entrée en matière, nous parlons des humains de leur légèreté , de leur souffrance aussi. J est très jeune mais en déjà connait un rayon. Souvent, on s’arrête au milieu d’une phrase, happés par quelques cocasseries dont la rue chinoise a le secret. Ici, deux petites paires de chaussures d’enfant curieusement perchées sur un transformateur électrique. Où sont donc passés les petits ? là, une statue d’Hercule toute bosselée de muscles devant un club de FI-TI-NESS.

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