14 janvier, où tu étais quand c’est arrivé …

Où tu étais quand c’est arrivé …

Le 7 janvier – 19h à Shanghai (12h heures à Paris), je regarde machinalement Facebook et découvre la tragédie qui se joue devant nos écrans.  Je lis : Cabu et Wolinski seraient morts.  Sur Weixin (WeChat), les vignettes noires – Je suis Charlie – se propagent à la vitesse de l’éclair parmi la communauté française de Shanghai. La nouvelle me plonge dans un état de sidération proche de l’hébétude. Je suis, comme tout le monde, touchée en pleine tête et au cœur. D’abord à la tête. On brocarde les travers français avec raison : notre passivité maussade, notre conservatisme bougon, nos fanfaronnades dérisoires fatiguent. Pourtant, un nerf engourdi a été piqué au vif. Avait-on oublié le goût ineffable de la liberté ? Pas complètement. Nous étions juste assoupis.

Ensuite, le cœur a été frappé. Je ne lisais pas Charlie Hebdo mais les dessinateurs assassinés – et avec eux, le cortège des autres victimes de ces journées funestes faisaient partie d’une famille imaginaire ; celle que l’on se donne, sans trop y penser au fil des années. Je les ai pleurés comme des oncles, un brin pénibles, que l’on a plaisir à voir une fois par an avant de s’engueuler pour les vétilles. Nous partageons un cimetière. C’est déjà çà.

Nous nous sommes réunis dès le lendemain dans un bar à vins de Jianshan lu, premier temps d’une mobilisation impressionnante ; l’atmosphère a été recueillie puis le vin aidant, de plus en plus joyeuse. Les clients chinois ont écouté poliment et opinaient du chef avec circonspection; la notion de liberté d’expression ne va pas de soi.

     

“Frères humains qui après nous vivez….”

Dans les jours qui ont suivi, quand je contemplais une chose belle et bonne, je me disais : ils ne la verront pas. Derrière cet accablement soigneusement entretenu, pointait l’idée ténue mais obstinée : nous passons, la joie demeure. Aussi, n’ai-je cessé de toute la semaine de regarder le grand show bigarré de la rue avec une intensité accrue. Car l’œil qui regarde voit aussi pour ceux qui ne voient plus.

Le nouvel an chinois se prépare et les marchands de feux d’artifice font venir des palettes entières de pétards et de fusées. Les noces servent de répétition dès 8 heures du matin. Les mariés sont heureux, au moins le temps d’une promesse et nous le font savoir bruyamment.

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En vue des bamboches à venir, les poissonniers étendent de gros poissons (des esturgeons ?) comme des grosses chaussettes pâles entre deux poteaux électriques.   Ils sèchent dans l’air sec de ce mois de janvier bientôt rejoints par une patrouille de canards déplumés, le tout formant une curieuse parade aérienne.

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Sur le trottoir, un coiffeur de rue, s’est fait bousculer par deux agents casqués C’est un vieux minuscule qui ne travaille que le dimanche pour gagner quelques yuans. Un essaim s’était formé autour du petit homme. Les chinois sont les plus grands concierges du monde. Ils se collent à la scène tout en restant d’une neutralité étonnante : protecteur, accusateur, on ne sait pas. Choisir son camp n’est pas simple.

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L’utilisation fantaisiste de messages en « chinglish », sur les vêtements fait toujours mouche. Cette dame trainait sa petite fille un samedi matin, probablement dans un de ces cours privés où l’on prépare dès son plus jeune âge le terrifiant examen de sortie du lycée. Dans son dos, un message libertaire éloigné du confucianisme réglementaire mais paradoxalement assez proche de l’attitude utilitariste de nombreux chinois : utiliser le système tant qu’il sert, s’en contrefoutre le reste du temps. La petite également vêtue d’un polaire camouflage est à bonne école.

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Le perroquet est d’accord.

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