14 février, point final et inaugural

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J’ai déserté ce journal pendant quatre semaines. Mon inconscient conspirait depuis Octobre à m’en détacher mais il n’est pas facile de m’inciter à décommander un rendez-vous que j’ai pris avec moi-même et qui me donne un plaisir si tranquille et si régulier. La routine agit comme un charme puissant. Pourtant, le tic-tac obsédant d’une montre parfaitement huilé finit toujours par agacer. Ne pas s’attarder dans un rêve pour entrer dans un autre ? C’est à mon avis, ce qu’il convient de faire.

L’autre rêve donc c’est 99. En 2011, j’avais écrit d’un trait un long poème intitulé Vies et morts de 99 femmes ordinaires. J’étais au fond du cul du désespoir et voulais faire la peau de toutes ces voix qui regimbaient, pleurnichaient ou ricanaient nerveusement.  A l’automne 2014, j’ai repris ce poème monstre, matrice et esquisse, pour le transformer en pièce de théâtre. Il s’agissait désormais de faire marcher et parler toutes ces créatures. J’ai sacqué quelques anciennes habitantes du poème. Elles radotaient. D’autres sont venues, plus frivoles, plus glaciales aussi.  J’ai appelé la pièce 99 car tout est là, mon bon : 99 rôles féminins.

Le casting a commencé avant que j’ai terminé d’écrire. Dès Octobre, j’ai recruté des comédiennes en les « levant » dans la rue comme un vulgaire souteneur. Puis, j’ai trouvé des coéquipières au sein d’un réseau de femmes honorables appelé La Ruche qui a pris le projet sous son aile. L’enrôlement n’est pas terminé et déjà, nous sommes plus de 60.

Ce soir, 14 février 2015, je pense avoir achever la première version de 99. B. l’a lue. Il m’a dit avoir aimé. Il trouve que « c’est triste » et que cela « manque de mères et de marmots ». J’assume la mélancolie et le creux d’une maternité abstraite.

Les dernières unités (91 à 99) femmes m’ont donné du fil à retordre et j’ai regardé autour de moi si je ne faisais pas moisson de quelques inspiratrices.

J’ai croisé dans la rue un gros lapin blanc. A l’approche des festivités de Chinese New Year, il avait dû pressentir sa fin prochaine et s’était échappé de sa cage. Alice suivait.

Dans le métro se tenait une femme avec la face grêlée d’un vieil ananas. Elle était d’une laideur presque métaphysique. Mme la Générale Noriega.

Plus loi, une fille moulée dans un invraisemblable pantalon de ski de molleton surpiqué couleur corail se dandinait. La couture du pantalon était décorée d’un ruban de dentelle saumon.  Miss Saumon Surgelé.

Par une journée grise et polluée, j’ai aperçu du côté de Songhong lu, une fille dodue portant un pourpoint de polaire noire bouclée. On aurait un gorille dans la brume. Dame King Kong.

La fleuriste de mon quartier m’a proposé d’échanger un bouquet que je lui avais acheté quelques heures auparavant pour un autre plus frais. La bonté d’un cœur simple ne fait pas fortune mais elle se fait des amis. Mme Chen.

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Ces dames de Shanghai ne se retrouveront pas toutes dans la pièce.

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Au fond, 99 c’est peu.

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