21 février, still life

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21 février,

Tous les ans, à l’époque de la Fête du Printemps, Shanghai s’éteint pour quelques jours. Les rideaux de fer sont baissés, les taxis parcourent les rues sans trouver preneurs, dans les bars de Yongkang lu habituellement si braillards, on sirote son verre en chuchotant poliment. Toute la vitalité urbaine contenue dans la journée monte d’un trait à la nuit tombée : pétards et feu d’artifice crépitent dans le ciel puis s’éteignent. Les chinois rentrent chez eux et mangent en famille. Les étrangers eux sont déjà partis en Tasmanie ou à Bali. Quelques-uns sont restés à quai – tu te doutes bien que j’en fais partie – et il ne serait pas très difficile de se réchauffer ensemble mais le cœur n’y est pas.

Le soir du nouvel an, je suis tout de même allée à une soirée. J’ai rencontré des nouvelles têtes, un italien fébrile qui m’a expliqué son métier dans le « e-commerce » ; il disait Eco Mœurs ce qui fait que pendant 5 minutes je ne comprenais rien et le regardait d’un air abruti. Lui devait penser que j’avais du naître à peu près à l’époque de l’invention de la machine à vapeur. J’ai aussi papoté avec un anthropologiste argentin qui a trouvé très malin d’entamer la conversation en me disant qu’il ne me passerait pas son écuelle (la maîtresse de maison n’avait pas assez d’assiettes) car j’avais besoin d’un régime. Bien lancé, il s’est mis ensuite à caqueter sur la faveur exceptionnelle et à ses yeux entièrement méritée, d’avoir un poste fixe au sein de l’Université chinoise et de disposer d’un temps inestimable pour entamer de longues recherches sur l’anthropologie de la politique monétaire. A mesure que se défaisait la pelote de son discours, il m’a semblé tout à fait évident ce gars là s’emmerdait comme un rat mort. Moi aussi d’ailleurs.

Heureusement G avait pris dans sa musette quelques fusées et nous sommes allées dans la rue pour les faire péter. C’était de loin là ce que l’on pouvait de plus éclatant en cette nuit du nouvel an.

Depuis deux jours, il pleut un petit crachin navrant ce qui ajoute encore à l’ennui. La ville flotte dans une laitance grisâtre qui estompe gens et maisons. Le fleuve Huanpu était à marée basse ce matin et la ligne des eaux se confondait avec le ciel. Je n’ai croisé que dix personnes, fragiles fantômes de pluie. On a parfois besoin de vacance plus que de séjours au soleil.

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