12 avril, après la répétition

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Lundi dernier était férié. Pâques à l’ouest, Qing ming en Chine. Ce jour-là, par ici, on balaye en famille les tombes des défunts ; on dessine sur la chaussée des cercles de craie non fermés où s’entassent des bouts de papiers que l’on fait brûler.  Les cendres doivent s’échapper par l’ouverture du cercle car le papier monnaie parti en fumée sera alors changé en billets d’argent frais. La journée était grise et venteuse; empêtrée de moi-même, je boxais l’air en luttant contre des démons invisibles. Déçue, noyée et tiraillée par des injonctions contradictoires.Tu devines que je me joue souvent ce tour pendable. Puis, finalement, mon esprit s’est apaisé et est devenu rond, dur et lisse comme un galet poli par l’eau des torrents. On ne sort jamais indemne des purgatoires qu’on s’impose de traverser.

Les répétitions des 99 women se poursuivent. La transformation qu’opère le théâtre sur ces femmes m’impressionne. Au bout de deux heures de répétition, j’entrevois des visages ouverts et comme dépouillés, des corps animés, à la fois parcourus et mouvants.

Certaines jeunes femmes, habituées à se pousser vers l’avant et à accumuler des « like » sur leur selfies découvrent que le texte et le jeu des émotions mène à l’oubli de soi et que cet effacement est une grâce. Pour d’autres, c’est le choc de la scène qui intensifie si vivement leur présence organique: le corps se rapproche et devient parlant, capable de relations complexes. Yep, vieux frère, je suis une vieille bique sur ce point.  Des corps proches et qui parlent, c’est cela qu’on ne prendra pas au théâtre.

Vendredi donc, après la répétition, deux filles se sont mises à chanter. L’une chinoise, des chansons de Marylin Monroe, l’autre espagnole, un boléro. C’était la première fois qu’elle prenait le micro.

Je marche parfois la nuit dans mon quartier pour prendre l’air. Aux bords du Huanpu, la ville atteint par endroit une densité exceptionnelle que la nuit révèle mieux que le jour. Gens, animaux et machines s’enchâssent dans des réduits minuscules, mangent, se lavent ou jouent aux cartes sur la chaussée.  Le dehors et le dedans, la lumière crue de néons et l’ombre noire des grues de chantiers forment un clair-obscur urbain, étrange comme un songe. Ici, un chariot couvert de cartons m’apparaît comme un gros morceau de viande rouge. Là, une affiche, sans doute à vocation éducative, prend un sens absurde et mystérieux. Dans cette ville qui ne dort jamais, il faut bien qu’on y ait quelques hallucinations.

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