18 mai, un accent de vérité

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Un ami est parti brutalement de Shanghai jeudi dernier: son visa était arrivé à expiration sans possibilité de renouvellement. Comment a-t-il pu se montrer si négligent ? Il était à quelques jours de deux spectacles dont il était la clé de voûte. La préparation s’était déroulée dans un climat détraqué. Des partitions à demi écrites, avec des rythmes fous, très peu de répétitions, mais la musique portée par des musiciens dévoués allait le sauver in extremis du fiasco. Cela se passerait comme çà. Oui sûrement. Seulement, la providence avait cette fois d’autres projets : pas de miracle en vue. Les employés de l’admiration chinoise ne sont pas des anges.

Deux jours avant la date fatidique, il est venu me trouver pour partager ses craintes –il prétend  s’accommoder avec désinvolture de la pagaille de son existence mais les ricanements du destin ne sont pas toujours édifiants. Puis, une fois tous les recours épuisés, il s’est à nouveau tourné vers moi pour me demander de payer son billet de retour. J’ai payé. Je me livre parfois à ce genre de sauvetages aussi urgents qu’inutiles. Va savoir, il se peut que j’y trouve un peu de reconnaissance ou de contentement moral. Que cela me laisse parfois après coup, un goût frelaté de duperie est un des risques du métier.

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Cette fois, j’ai aussi trouvé autre chose. Tandis qu’il négociait mon soutien, je percevais l’aparté de son discours avec une acuité presque vertigineuse.  Le mensonge dominait et pourtant des accents troublants de sincérité venaient parfois le transpercer. L’ensemble formait un tout indécidable. A qui donc avais-je à faire ? Un calculateur à son dernier tour d’écrou? Un paumé en « flagrant déni »?  Un rêveur étourdi ? Un ami dans la peine ? Je ne sais toujours pas. J’oscillais entre mensonge et vérité sans prendre parti, et à mesure que la conversation devenait de plus en plus indéchiffrable, je me trouvais dans un état de détachement mutique d’une extrême neutralité. Mon trouble vient de là. Ecouter. Croire. Parler. Peut-on encore continuer à parler s’il ne nous est plus permis d’y croire?

Peut-être, étais je très fatiguée – l’épuisement rend poreux aux vibrations du monde ou alors, c’est le théâtre qui m’a fait çà.  Toutes ces voix de femmes que j’entends faire résonner, comment les tenir pour vrai, non pas absolument ou éternellement, mais dans le moment même où elles s’expriment.   De la vérité, on n’a jamais que l’accent. C’est bien cela qui m’occupe.

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