30 mai, Swinging Taichi

Swinging Taichi

J’essaie d’aller quelquefois le matin dans un parc situé rue de Shaanxi pour trottiner – courir est désormais un mot trop grand pour mes foulées ridicules. Des chinois, souvent âgés, font de la gymnastique. Ils ont leur coin. L’un d’eux s’est réservé une place sous un auvent et pratique le taï-chi muni d’un éventail sur un standard de  Duke Ellington. « It Don’t Mean a Thing If It Ain’t Got That Swing » passe en boucle tandis qu’il fait tournoyer son éventail avec une lenteur compassée. Le télescopage des valeurs modernes et traditionnelles est un cliché du voyageur occidental. En Chine, toutes les références culturelles sont remixées avec un « sans-gêne » rafraîchissant, et  génèrent par association libre des formes hybrides saugrenues qui n’appellent aucun jugement particulier de la part des chinois.  Ils ont d’autres conformismes sans doute. Ici, mon goût s’est créolisé.

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Un voltigeur

Les bals de rue font partie du paysage de Shanghai: quand le soir tombe, dans les jardins noyés de nuit ou au pied des immeubles de bureau brillamment éclairés, les shanghaiens dansent sur des musiques de synthétiseur, criardes et mécaniques. Le groupe qui se réunit devant la rangée lumineuse de distributeurs de billet de la banque ICBC – les feux de la rampe ou de la banque comme on voudra – compte parmi ses fidèles, un homme qui ressemble à Buster Keaton. Mince et droit comme un I, invariablement vêtu de noir des pieds à la tête, il danse tout : tango, chacha, valse, fox-trot avec des gestes déliés et précis et son visage est parfaitement impassible. La tête semble tenir en équilibre simplement posée sur le corps mais sans y être reliée par des nerfs. Rien ne semble devoir jamais lui monter à la tête. Il émane de sa personne un calme un peu triste et légèrement distrait. Moi qui me monte souvent le bourrichon, cette suprême impassibilité m’intrigue.

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Peaux d’oignons

Dans une petite allée près de chez moi, une femme coupe des oignons. A 8h00 elle épluche, à 20h00 elle  hache encore et débite les bulbes émondés en copeaux légèrement rosés dans un grand bol d’acier. Combien y a-t-il eu dans la journée de corvées de pluche ? Je ne sais pas. Parfois, elle détourne son visage et essuie une larme. Dans sa main, elle tient un couteau d’office couvert de fines épluchures. Je me demande combien de kilos d’oignons elle pèle chaque jour, si l’odeur piquante des oignons part avec la douche du soir et si ses yeux sont toujours irrités. Son existence a l’air de tourner autour d’un saladier chromé et d’un gros sac en raphia orange rempli d’oignons. Mais, de ce qu’il y sous les pelures d’oignon, mon vieux, on ne sait presque rien.

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