22 juin, lu par hasard

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Lu par hasard

Depuis quelques mois, je vis avec un seul livre. Mon livre est un paperback jauni à la couverture déchirée que j’ai trouvé dans l’appartement – Renée, la fille qui m’a précédé dans cette chambre écrivait. C’est un recueil de nouvelles – New women and New Fiction – écrites dans les années 60 et 70 par des auteurs américains. Le livre a été publié au milieu des années 80.

J’aime l’idée de ce livre, oublié sur une étagère par cette fille que j’ai à peine croisée l’hiver dernier. Renée était un peu étrange, un grand corps dégingandé de sauterelle, des yeux bleus très mobiles inquisiteurs et farouches, comme si elle craignait de laisser prendre entièrement par le cours des choses. Mais oublier un livre, tout de même !  Le livre de hasard est un cadeau d’écrivains ou de preneurs d’otages.

C’aurait pu être un traité d’entomologie ou un précis de grammaire et je m’en serais délecté mais ce sont de vraies belles nouvelles qui ont pour décor la société américaine des années 60-70 : on y évoque parfois des fils morts au Vietnam ou revenus en pièces, le corps et l’âme coupés en deux. On y tond des pelouses et les filles s’appellent Faith. J’ai eu deux ou trois éblouissements. Lorrie Moore, Fay Weldon et surtout Mary Robinson. Je n’avais jamais rien lu d’aussi bon depuis longtemps, leurs textes se faufilent hardiment dans les hautes herbes du langage et taillent des clairières à la serpette. Ça donne de l’air.

Danse dans la galaxie

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Dimanche dernier, la chorégraphe Amy Chan achevait la création de la première chorégraphie de la pièce 99 Women et animait la répétition en compagnie d’une quinzaine de danseuses et comédiennes.

Sur la musique hypnotique de Don’t Break My Love de Valentin Stip – Hiathaikm, la danse commence par une série de mouvements sobres et lents. Par touches successives, les danseuses éveillent les différentes parties de leurs corps : bras, poitrine, ventre. Puis, le rythme s’accélère et elles sont entraînées dans un tourbillon – Amy dit Galaxie – où s’expriment plus librement leur sensualité et leurs émotions.

Amy créé les mouvements en direct, essaie, dirige et corrige les danseuses ; les tâtonnements du travail créatif bousculent les débutantes qui se perdent un peu dans les comptes. Trois-et-Quatre. Sept-et-Huit. Quelques danseuses plus expérimentées assurent les solos dont une jeune chinoise remarquable qui danse tout en retenue et en précision.

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Vagues Tranquilles à  Ningbo

J’ai passé trois jours à Ningbo (qui veut dire « vagues tranquilles ») à animer un atelier de création de tendances chez un célèbre cuisiniste chinois. Ces gars-là veulent  comprendre comment trouver des idées innovantes …. pour dessiner des équipements de cuisine, précisons. C’est un problème en  Chine. L’imitation est si fortement enchâssée dans la façon d’éduquer, de faire ou de penser qu’on peine à en sortir.  Je me suis frottée à nouveau à la difficulté (et la chance aussi) d’expliquer une méthode qui s’appuie fortement sur la notion de pertinence à des jeunes designers chinois chez qui la faculté de juger s’éveille à peine. Par exemple, ils ne voient pas très bien la différence entre un critère logique de classification fondé sur l’usage que fera le consommateur de sa cuisine (une cuisine sert à manger sainement, à célèbrer le plaisir partagé de la table, à épater ses invités, etc..),  et la description systématique des attributs de l’objet « cuisine », ses fonctions culinaires, son image de marque, ses matériaux etc… Nous sommes bien d’accord qu’une cuisine sert à cuisiner, mais quoi ? et pour qui ? La question les laisse songeurs.

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Je me rends bien compte ce qu’il peut y avoir d’occidental dans cette volonté de classement. Une passion cartésienne ? C’est en tout cas un point aveugle sur lequel nous sommes assis. Cependant, pour faire naître des idées chez ces jeunes ingénieurs chinois, si étroitement (en)cadrés, je compte moins sur le génie que sur la méthode. C’est que les cuisinistes visionnaires ne courent pas les rues par ici. Alors s’y colle : penser/classer pour susciter peut-être des rapprochements féconds.

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Par contre en cuisine, pas de fossé épistémologique! On se retrouve à table après avoir improvisé un petit frichti dans la cuisine-test au beau milieu du bureau paysager. Poulet et porc frits chinois, julienne de légumes française. On mitonne ensemble et tout le monde s’y retrouve.

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