19 juillet, super heroes have bad days too.

Point du jour

Le vol de Shanghai à Nice qui passe par Dubai forme une ligne à peine coudée tendue vers l’azur. J’ai passé une bonne partie du voyage collée au hublot à guetter la flambée du soleil. Après Dubaï,  le ciel se déchire : la lumière ricoche sur la mer et pilonne le désert. Dans l’air chauffé à blanc, on distingue les champs pétrolifères d’Irak, curieux points grisâtres dans un paysage exsangue, puis c’est la pointe de Charm el-Cheikhal serrée entre deux lames de mer bleu cobalt, qui s’enfoncent jusqu’à la garde dans les terres rouges égyptiennes.  Le Caire et le feston humide du Nil, vert comme un mirage; on remonte vers la Méditerranée, pavoisée d’indigo et de blanc puis Nice enfin et sa « divina luz » que la grisaille shanghaienne avait si bien voilée.

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Depuis une semaine, je me saoule de lumière comme un héliotrope chevillé au ciel. Pour le reste, je m’acclimate : les français me semblent bien chatouilleux. Froissés dans ce qu’ils estiment être leurs bons droits, ils donnent des leçons interminables. On s’excuserait bien mais cela ne suffit pas. J’avais oublié combien ici, on aime avoir raison.

Le plat et le singulier

J’ai revu mes amis du Sud qui sont des plus fidèles. On boit du rosé frais en terrasse; le chèvrefeuille et le jasmin embaument; je parle de ma vie en Chine avec un léger sentiment d’affabulation. Peut-il en être autrement ? Au fond que je ne connais qu’une ville, Shanghai, miroir grossissant d’un monde globalisé. Je peux encore deviser sans trop rougir des tiraillements de la société consumériste, des défis de l’innovation et de la soutenabilité et peut-être de deux ou trois choses que j’ai comprises des manières chinoises voir les images, de penser l’espace et le temps. Marco Polo postiche,  mon ambassade souligne surtout les singularités des mentalités et des représentations. Des structures, je n’ai pas grand chose à dire ; les systèmes comme les sujets me semblent exister d’abord dans un rapport d’égalité. Tout ne se vaut pas, évidemment, mais tout existe. Il faut s’y faire, mon vieux, le monde est plat.

E. est venue passer deux jours à Nice pour travailler sur sa prochaine chorégraphie: je fournirai l’appoint de mots. Good deal !  Nous disons de concert à propos de nos vies respectives ceci: « Je suis prête. Je suis à ma place ». C’est la première fois que l’on peut s’entendre dire un truc pareil sans déclencher, visant la tête, une rafale de balles traçantes. La force de l’âge, tu crois ? Avec un pessimisme prudent, je crains toujours que cette force neuve s’évanouisse ou qu’au contraire, elle m’aveugle et me fasse passer à côté de ce qu’il me reste à apprendre. Pour qui est habitué depuis des lustres à habiter sa faiblesse, se retrouver d’un coup doté de super-pouvoirs est une expérience troublante. En plus, on peut être tranquille: super heroes have bad days too.

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