16 août, deadlines

Deadlines

Récemment, une connaissance sur Facebook a mis en ligne une de ces vignettes d’édification morale bon marché qui fleurissent çà et là sur le Web entre deux photos de chat et de repas dégustés au restaurant.

Pour les chats et les plats, reste sobre. Dis : « so cute » aux félins et « hum, yummy » aux assiettes et tu conserveras sans trop d’efforts tes amis, amoureux des chats ou gastronomes.

Ne dis pas « this is only a cat » ou « there is no dignity in glutony ». Ce serait une erreur. Sois complaisant envers les gargouillis de l’estomac et la contemplation attendrie des chats, c’est la propédeutique hypermoderne.

Pour les maximes sentencieuses ou larmoyantes, garde tes ricanements narquois pour toi. Ne va pas te compromettre. Les bons jours, contente toi d’un simple « true » si tu sens que ton ami cherche à puiser un peu de courage dans ton assentiment, et tu t’en tireras à bon compte. Les mauvais jours, ne dis rien.

Donc cet aphorisme traitait du temps et invitait à profiter de chaque instant de la journée sans quoi tout ce petit stock de secondes (86400 secondes par jour mon bon, te voici informé) serait irrémédiablement perdu.

Là, tu as eu très envie de dire « wrong ». Comment peut-on être aussi ignorant de l’œuvre silencieuse du temps ? Le temps travaille dans l’ombre, pour nous, contre nous, le plus souvent sans nous, mais il oeuvre. Comment peut-on concevoir le temps comme un pécule de secondes, investir son épargne-temps en boursicoteur inquiet dans quelques activités profitables, se livrer à des arbitrages compétitifs entre l’utile et l’agréable en guettant, angoissé, la ligne d’arrivée : deadline.

« Cueille le jour », dit le philosophe et voilà qu’on t’offre de l’exploiter jusqu’à la corde.

Décide de continuer à perdre ton temps et de recueillir les fruits délicats de ta prodigalité.

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Temps suspendu

En été, les rues sont un casino à ciel ouvert. Les joueurs de majong ou de cartes, marcel replié sur la bedaine, cigarette au bec, jouent nuit et jour, tantôt mutiques, tantôt volubiles.  J’aime à observer ces visages totalement absorbés, parfois tordus par un coup du sort ou fendus par la bonne fortune.  J’y vois cette propension admirable qu’ont les chinois à s’adapter aux circonstances, à jouer avec l’ennemi et aussi l’ennemi de l’ennemi.

Mauvais calcul

G travaillait depuis deux mois chez nous. Elle a commis l’erreur de ne pas venir au bureau quand je n’étais pas là. Mauvais calcul. Je suis rentrée plus tôt et la voilà qui se tortille devant moi comme une imbécile sans même avoir eu le temps de ficeler une excuse médiocre (repas mal digéré, chat malade, etc..). Le lendemain, elle partait, frappée par la foudre.

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Sur une poubelle, je vois des chaussures de femmes, toutes plissées et avachies. Les semelles intérieures sont décorées du fameux Hello Kitty. Le temps a transformé cette icône de la culture « kawai » en paillasson. Et n’est pas pour me déplaire. Le temps travaille pour nous.

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