14 Septembre, cousu /décousu

tumblr_myul3zMa8V1qdhfhho2_500

Communisme intergénérationnel

Mon sac à dos rose fluo made in china, bourré à craquer d’objets hétéroclites a rendu l’âme. J’ai donc abonné mon vélo pour un temps et reprend des taxis avec un vieux sac de dame. Je redécouvre les chauffeurs shanghaiens et leur conduite brusque et tonitruante.

Je suis tombée sur un taxi à la mine sévère et tout de noir vêtu. Il s’enquiert de mon pays natal – Faghuo puis se met à débiter, réponse réflexe, sa leçon de culture générale française. Un nom d e président, un acteur et un footballeur, la tour Eiffel et Paris : la France voyage en classe économique, bagage à main léger. Le comité des noms illustres convoqué le temps d’une course permet de deviner facilement l’âge du capitaine. Car il me semble qu’en Chine, les générations se suivent et ne se ressemblent pas. Les chinois partagent avec leurs congénères des icônes et des repères qui portent la signature de la présidence chinoise en activité pendant leurs années d’école primaire. Tous les cinq ans, on édite un nouvel album illustré et on envoie au pilon les recueils périmés. Aussi, entre deux générations, la mémoire collective s’écrit-elle en pointillé. Entre les enfants des années 90 et ceux des années 60, pas ou peu de souvenirs communs. La Chine est le pays qui compte le plus d’amnésiques, m’a-t-on raconté. Le chauffeur mentionne Platini et Delon : un gars  millésimé de la fin des années 60 ou début 70, à n’en pas douter. Quand, c’est le triplet Depardieu-Chirac-Zidane qui remonte à la surface, c’est à un enfant né dans les années 80 que nous avons affaire. Le tandem Sarkozy-Henri signale le rejeton des années 90.

Enhardi par son premier succès, le taxi prononce ensuite un mot que je ne comprends pas. J’entends Bali – Paris mais le reste m’échappe. Il insiste et entonne en chinois l’internationale, air effectivement composé à Paris, avec l’air grave et convaincu des communistes de la première heure. Mes règles de datation se brouillent. L’idéal communiste, valeur intergénérationnelle de la Chine moderne ? C’est possible, mon vieux. Un colloque s’impose.

tumblr_nukah0yfUe1rnbekgo1_1280

La Madone au bidet

A la fin du spectacle des 99 women, je fais venir sur scène Jojo, un crooner singapourien queer jusqu’aux bout des ongles. Il chantera Mona Lisa de Nat King Cole. J’ai choisi cette chanson car sur le visage impassible et lisse de la Joconde passe en flot continu, siècle après siècle, le fantasme d’un éternel féminin toujours renouvelé. Mona Lisa, Femme Indéfinie, vénérée ou honnie, ne bronche pas. Jojo lui, se fiche pas mal de tout cela. Il est surtout excité à l’idée de  s’habiller en Mona Lisa et jeudi soir, il a sorti le grand jeu ; il gloussait comme une poule en s’enroulant dans des étoffes colorées. Soudain, j’entends un cri de ravissement, très haut perché en provenance des toilettes. Il venait de découvrir que le couvercle de la cuvette s’ornait d’un petit autocollant de Mona Lisa, qui est aussi, je l’ignorais, une marque chinoise de sanitaire. En transe, il prend une photo de la Madone au bidet qu’il m’envoie. Pour l’inspiration, dit-il. Grosse gaité.

10113487

L’excuse périodique

Je cherche une nouvelle assistante. Une jeune femme se présente avec deux heures de retard. Comme elle venait de loin, de l’autre côté du fleuve, je l’ai attendue et lui propose de l’interviewer dans le taxi qui me mène à mon prochain rendez-vous. Elle m’agace très vite tant elle est évasive dans ses réponses avec cette morgue énervante qu’affichent parfois les jeunes chinoises mitées par un narcissisme vertigineux. Je deviens cassante, la presse d’être plus précise. Elle se cabre. A bout d’arguments, elle me confie qu’elle n’est pas au mieux car elle a ses règles. Ah ! Les règles ! L’excuse périodique des employées de bureau. Je lui demande si, à son avis, les ramasseuses de cartons, les balayeuses et quelques milliards de femmes avec elles ont le loisir d’écouter les spasmes de leur utérus. Et je la tacle sans ménagement ; elle sort du taxi, dépitée.

Décousue

Je travaille pour une marque de prêt à porter chinoise et passe des heures à regarder des vêtements prêt-à-copier que les responsables de produits piochent çà et là chez les fournisseurs chinois. Je tente de les aider à construire par d’improbables collages des collections assez décousues. Rien ne va avec rien. On me promet des ajustements dérisoires. Qui ne se feront pas. Car ce qui existe déjà s’impose avec force. Les chefs font de courtes apparitions pendant ces revues, donnent leur avis puis courent l’air important et satisfait, vers d’autres réunions. Je soupire comme ce peintre que l’on aperçoit dans le film le Dictateur, condamné à faire le portrait du Führer par poses successives de quelques secondes.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :