7 Novembre, des cercles flous

On entre dans l’automne d’un pas chancelant. Les poches de l’été se vident de leur petite monnaie. Une soirée molle et tiède puis c’est le froid spongieux de Shanghai: les digues cèdent malmenées par un chaud-froid permanent, je me traîne.

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Hier, une grosse bagarre a éclaté dans la rue. C’est assez rare. Un jeune homme en tricot de corps, ses parents et un officier de police vociféraient dans un chinois brusque et vigoureux.  Il y a des langues faites pour s’énerver. En français, qui hausse le ton, finit toujours par piailler. Une foule était amassée autour des protagonistes avec des mines gourmandes de concierges. Le rapport de force n’était pas en faveur du policier acculé à sa voiture, saisi au col par le trio familial. Je ne sais pas ce qui se passait mais sentais bien les pulsations de la colère qui battaient dans leurs veines.

Plus loin, impassible, une femme passait ses commissions à la main, la tête couverte d’un casque de bigoudis colorées. Le secret des bouclettes est enfin révélé. Certaines grannies ici ont de véritables coiffures afro dont l’exubérance tranche comiquement avec leur visage ivoire.

L’irruption dans l’espace public des petites affaires intimes – querelle de voisinage ou rasage de barbe m’étonne toujours – l’idée de privauté n’est certainement pas universelle – chaque culture trace des lignes de partage spécifiques entre le dedans et le dehors, le convenable et l’inconvenant. En Chine, est-ce seulement l’effet de la promiscuité ? Vivre avec 5 générations sous le même toit, comme c’était l’usage naguère, obligent à de sérieux accommodements.

En Inde, j’ai partagé la vie d’une famille traditionnelle pendant une semaine. J’étais l’invitée et une stricte étiquette régissait tous mes mouvements. Tous les matins, j’étais réveillée par la grand-mère qui s’asseyait au bout de mon lit. Elle me tendait un verre de thé au lait atrocement sucré et attendait patiemment que je le boive jusqu’à la dernière goutte. Les deux étaient un peu durs à digérer.

En Chine, on dessine des cercles flous autour de celui qui se livre à ciel ouvert à ses menues occupations. C’est moins l’organisation de l’espace que la situation qui décide des frontières de l’intime.Il me paraît que les gens ne sont pas véritablement vus, quand ils sortent en pyjama dans la rue, qu’ils se lavent les dents sur le trottoir ou qu’ils pendent leur lessive aux lampadaires. Ils semblent jouir d’un don passager d’invisibilité.

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I. ma nouvelle assistante est membre du parti et je considère avec le temps que c’est plutôt bon signe. C’est une jeune femme ouverte et impétueuse qui m’apprend beaucoup de choses sur la Chine. Cela nous change des bêtes à foin que nous croisons parfois chez nos clients aussi obtus et immuables que tout un alignement de dolmens. Même A. qui est pourtant assez têtue, s’y casse les dents. Ce cercle là ne peut être brisé. La rigidité Made in China, mon vieux, est invincible.

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