16 Novembre, la logique implacable du chaos

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La semaine dernière, j’ai lu “Les Cygnes Sauvages”, un livre très connu (qui reste cependant interdit en Chine) de Jung Chang qui relate la vie agitée d’une famille de communistes chinois des années 30 aux années 80. Je connaissais bien l’histoire du Grand Bond En Avant grâce aux livres de Mo Yan et de la famine effroyable qui s’en suivit lorsque les paysans chinois furent obligés de délaisser leurs cultures pour se lancer à corps perdu dans la fabrication d’acier. Mais j’étais moins au fait de la Révolution Culturelle qui de 1966 à 1976 a plongé la Chine dans une rage folle détruisant à peu près complètement la conscience morale de tout un peuple. Vendredi soir, j’ai terminé la lecture du livre, pilonnée par les souffrances physiques et morales endurées par les chinois au cours des années de plomb.

Encore groggy, j’ai appris la nouvelle des attentats terroristes parisiens. Je n’ai rien pu écrire samedi. J’avais le projet de parler de mon petit monde, d’un écorcheur de volailles de la rue Jianshan, d’un joli papillon bleu, d’un fricot dévoré à l’aube au coin de la rue Xiangyang, d’une conversation très arrosée avec une nouvelle connaissance de Chongqing et aussi en passant de mes petits soucis. Mais rien ne venait. Le jardin des délices était devenu un désert glacé. François B. écrit: clavier froid. Je vois. Je vois.

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Dimanche, j’ai repris malgré tout le fil. Les brutalités sans nom de l’histoire chinoise moderne me renvoient sur un point aux actes terroristes: la logique implacable du chaos.

Les crimes de masse sont toujours énoncés avant d’être accomplis. Pour appeler au meurtre, on dévoie le sens commun; le poison monstrueux du discours vient alors détraquer les inconscients, exploitant les peurs, les ressentiments et les lâchetés ordinaires. Les uns cèdent. Les autres se taisent. Peu se lèvent pour contenir l’ordre du discours et le ramener à ce qu’il est : un pet. Les hommes de principe sont les premiers désarmés, leur vertu ridiculisée et parfois ils deviennent fous. Quand le désordre règne dans les têtes, la meute est lâchée et le chaos devient alors un instrument de pouvoir incroyablement puissant.

On ne se bat pas “à la régulière” contre les règles qui n’existent pas. Les choses commencent seulement à se gâter quand une pagaille indescriptible révèle l’hypocrisie du discours et dévoile les intentions réelles des chefs qui est toujours la même : garder le pouvoir coûte que coûte. C’est la confusion qu’il faut tourner contre les faiseurs d’orages. Ne pas se battre sur le terrain des croyances – les purs et durs sont sourds – mais sur la duplicité des actes. Instiller le doute quant à leur véritable portée, faire craindre les virages à 180 degrés qui transformeront les bourreaux du jour en victimes éperdues, et ainsi neutraliser la meute. On résiste au chaos en étant pragmatique et sans illusions. Paroles de vieux chinois.

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