2 janvier, relâche

tumblr_nd89iggE4o1tpko2po1_1280Privée de Noel !

Les fêtes de fin d’année sont un cliché mais le dépit que procure immanquablement  aux solitaires de mon espèce la privation de réjouissances convenues l’est tout autant. On aimerait se féliciter de ne pas en être  et afficher une belle indifférence au défilé épuisant de sapins « emoticonés » (bon sang,  on en viendrait presque à regretter les chatons ! ) mais on n’y parvient pas tout à fait. On s’en veut de n’avoir rien tenté pour s’inviter à la table commune et déplore que nul ne nous y ait convié (ô que cette pensée rabat-joie est minable). Le rituel de Noël même vidé de sa substance conserve encore sa force.

Pourtant, si je mesure tous les 24 décembre la relative indigence de mes attachements chinois,  la figure du Christ entrant dans ce monde par une très humaine faiblesse se fait proche. Dans la scène de Nativité, je rejoins le cortège des bergers, des pauvres types qui ne faisaient pas relâche le soir de Noel. Et cette pensée a presque la douceur d’une prière.

Le banquet

Le 26 Décembre, j’ai joué des cantiques de Noel et des airs de Duke Ellington avec un quartet de saxophone dans la salle de bal rutilante du Shangri La. C’était un banquet offert par des sociétés de placements financiers qui avait invité 500 retraités dans le but très clairement affiché de leur soutirer leurs bas de laine. Les couples entre deux âges, vêtus pour la circonstance d’habits de noces aussi clinquants que des pièces montées, défilaient sur scène. Derrière eux, sur grand écran, passaient des photos de leur jeunesse :  ici, une casquette étoilée de conscrit, là,  la bouille ronde d’un enfant, là encore, la pose figée d’un pèlerinage obligatoire sur la grande muraille, des traces modestes de vies chinoises prises dans la tourmente de la Révolution Culturelle. C’est une génération fruste – songe un peu mon vieux, que les universités ont été fermées pendant dix ans et on n’étudiait dans les écoles que la pensée boursouflée d’aberrations de leur Glorieuse Girouette – et furieusement matérialiste ; ils sont là, âpres, bruyants, gourmands, à se remplir la panse avec la joie sauvage des miraculés.

Princesse Leila

En retournant chez moi, la caisse cabossée de mon ténor à la main, j’ai été interpellée à la sortie du métro par une jeune femme qui m’a demandé si je me rendais à un concert. Je lui ai dit que j’en sortais à peine. Elle m’a frappé immédiatement par son regard profond, son port altier, sa venustas naturelle. Nous avons causé. Compositeur de musique venue de Nouvelle Zélande, elle a vécu à Londres, à Rome et vit désormais à NY où elle termine un Phd sur la scène musicale ghanéenne, pays d’origine de son père. Nous avons passé la soirée au JZ club à parler, à boire et nous réjouir de cette rencontre de hasard.

Ecoute : http://www.leilaadu.com/song/

Beau travail

Le 27, jour de mon anniversaire et j’ai assisté à l’une des dernières répétitions d’Hamlet, dirigée par Daniel Mesguich, avec la jeune troupe de la Shanghai Theater Academy. J’ai compris dans les virevoltes de Mesguish (il est bondissant) l’importance d’être précis dans les indications de scène. Tout doit être ouvragé avec soin. Je m’avise que la logistique de la pièce des 99 women m’en imposait et j’ai été parfois sommaire par crainte de me noyer. Je m’en souviendrai et m’autoriserai à l’avenir une plus grande complexité.

Anthropologie des vies imaginaires

Je m’occupe à présent de réécrire une partie des rôles des 99 women pour l’adapter au contexte indien, où elle sera jouée dans quelques mois. Pour changer, je compose ces fragments de vies imaginaires en accumulant des faits réels. Des figures reviennent lancinantes: vies de piété, destins scellées sous les plombs de mariages arrangés et parfois, en ombre portée, quelques existences révoltées et tragiques ; l’anthropologie des personnages féminins (du moins dans la littérature et l’histoire de l’Inde) semble à première vue se limiter à quelques traits stéréotypés. Mon vieux, je suis bien décidée à leur servir un autre potage.

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