19 janvier, Avec toutes mes excuses

19Janvier (2)J’ai passé 48h à Hong Kong. Le Peak était noyé dans des brumes cotonneuses ; depuis les routes qui serpentent au-dessus de la ville on ne voyait strictement rien à part quelques joggers moulés dans leurs collants de couleurs vives et des marcheurs en tongs et doudoune accompagnés de chiens turbulents!  Or, Hong Kong me plait essentiellement pour sa géographie montueuse, qui était tout bonnement gommée. Je n’étais pas fâchée cependant de quitter Shanghai si plate et si glaciale et le brouillard bruineux s’accordait assez bien avec mon état d’esprit du moment : flouté. J’ai pu traînasser dans une confortable inconsistance et lire de tout mon saoul, en autosuffisance.

J’ai été assez minable ces dernières semaines, mon vieux. J’ai la tête pleine de projets inaccomplis et des brusques poussées d’agacements. Je déteste presque tout – les gens qui vont en soirée en jogging, l’impossibilité d’échapper aux Stormtroopers de Star Wars, la coupe de hamster fanatique de Donald Trump, la sommation martelée de choisir son camp (des caricatures d’une insondable bêtise) : l’islam-qui-a-l’air-modéré-mais-qui-en-fait-ne-l’est-pas, la-démocratie-pseudo-libérale-à-la-solde-des-hyènes-capitalistes, gnagnagna etc…? Bref, parfois la honte d’être humain assomme: cela s’appelle filer un mauvais coton.

Je m’avise qu’après çà, j’aurais à présenter des excuses à la terre entière pour détestation intempestive.

Deux choses me tiennent tout de même: bouquiner et jouer dans un big band. Qui peut souffler, respire encore.

T., la chef d’orchestre du big band est une texane de vastes proportions, dotée d’un authentique accent de vachère du Panhandle. Quelle drôle de bête, cette T! Elle aborde en toutes circonstances, un sourire formé par deux impeccables rangées de dents blanches et déborde d’un enthousiasme si constant qu’il en devient sournois. Faut croire que les attitudes défensives sont des stéréotypes culturels. Un français commencera par ronchonner, un chinois regardera ailleurs, une texane te lancera des « awesome » en rafale. Mais, derrière cette amabilité insubmersible, regarde bien, tu apercevras l’éclat opalescent d’un regard d’émail : la taie laiteuse du requin tueur. Tu comprendras alors que le pouvoir, même quand il s’agit de diriger un big band amateur, est une maladie qui rend fou. Avertie, je surveille un peu mes arrières.

On prépare le concert du nouvel an chinois ; la sélection est un grand mezzé de saveurs asiatiques avec en autres, une très jolie pièce de musique programmatique japonaise « Dancing in the wind », des airs du Xinjiang, une romance chinoise (La lune représente mon cœur) qui offre à Mister Pi, crooner estocafic de gazouiller comme un moineau mais aussi l’impayable « Kungfu Fighting ».

Dans la rue, les commerçants se préparent aussi aux festivités du nouvel an. De grands poissons (esturgeons ?), longs comme des palmes, sèchent, ouverts en deux, sur les cordes à linge et emplissent la rue d’un fumet aigre de caque et d’iode. Les volailles passent un mauvais quart d’heure. L’écorcheur de la rue J, les tire d’une cage grillagée et les occis en un tour de main ; il se sert d’un plateau de fer blanc comme d’un autel sacrificiel. C’est affreux mais ses manières sont effroyablement douces. Il m’a rappelé Madame T. une brave fermière du Grésivaudan qui savait retourner la peau des lapins avec des gestes précieux de gantière de luxe.

19janvier3

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :