11 Février, la grande semaine du blanc

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L’année du Singe a commencé dans le froid, le silence et l’isolement toutes choses que les singes n’aiment pas vraiment. On avait interdit les feux d’artifice cette année pour « cause de pollution ». Quand on connait le goût chinois pour la poudre, le crépitement des pétards, le jaillissement d’arabesques multicolores sur un ciel nocturne, c’est pour le moins frustrant ! Internet a aussi été totalement bloqué pendant deux jours avant que le VPN fonctionne à nouveau. Bref, ce n’était pas la joie ni pour les primates, ni pour les humains.

N’ayant rien de bien consistant à mâchouiller, j’ai pensé à la froideur, à l’isolement, au silence : ceux sont des denrées communes, le festival de la nouvelle année chinoise n’est qu’une braderie de printemps de stocks invendus, la grande semaine du blanc.

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Est-ce bien le moment de parler de la solitude ?

Je n’évoque pas ici les épisodes solitaires, recommandés y compris par les apôtres du confort psychologique moderne ; ils sont très utiles, comme chacun sait. Mais la jubilation d’une conscience retrouvée est à la solitude ce que l’écume est à l’océan tout entier. Une brisure éphémère. Un feston frétillant et fugace.

L’expérience de la solitude commence à mon avis quand on croupit depuis un certain temps dans une oisiveté passablement ennuyeuse que personne ne vient déranger. Comment se tient-on compagnie alors, comment se défend-t-on ? Qu’a-t-on à gagner à ce petit jeu abrasif ? à donner ? à recevoir. Je ne sais pas. On ne choisit pas son cœur, mon vieux.

J’ai regardé récemment un certain nombre de vidéos produites par les événements TED. L’approche biochimique des relation humaines domine outrageusement. L’évaluation des affects relationnels, de leur surgissement, de leur maintien, de leurs qualités, de leurs effets sur l’estime de soi, la santé, etc… occupent un nombre si considérable de gens, qu’on sent poindre çà et là l’angoisse de ne pas « réussir » aussi bien qu’ils le voudraient dans ce domaine. C’est assez intéressant  et amusant – quoi qu’on se demande finalement en quoi les petites affaires du ménage à trois (sérotonine, dopamine et ocytocine) nous concernent. Mais la solitude n’est pas traitée alors qu’elle est un état très commun et très humain.

Il me semble que la solitude dont je parle vise, avec une certaine vaillance, la défaite des illusions et même celle, très tenace, de la réalité des sentiments subjectifs (c’est sans doute pourquoi la solitude est difficile à étudier scientifiquement car elle s’attaque directement à l’objet d’étude). La solitude est une passion froide, une sorte de jalousie sans objet. Elle provoque une attention extrême aux choses les plus anodines, excite l’imagination pour les porter à leur degré de signification le plus élevé possible. Mais à l’orée du sens, un retournement s’opère. On touche ici un point de singularité presque impossible à partager mais qui est pourtant comme l’écrit le grand Montaigne, ici très affirmatif, « la chose du monde la plus importante »: savoir être à soi.

 

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Photos: tableau d’Agnès Martin, couverture de Maira Kalman pour The New Yorker

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