28 mars, tenter l’impossible

Il faut bien vivre avec ses obsessions, mon vieux!  Depuis l’écriture des 99 women, je tourne autour d’une équation délicate : celle de l’identité et de l’altérité. La pièce 99 women portait surtout sur l’identité : singulière et mouvante, échappant iréductiblement aux classifications et la fixité. Je voulais faire parler 99 femmes pour qu’elles se rendent compte, du caractère furtif, partiel mais indubitablement réel d’un personnage de théâtre. Par le fait même de l’énonciation et du corps présent en scène, elles étaient, et ça parlait.  A quoi servaient les 98 autres ? Sans doute à trouver dans l’aventure partagée un brin de courage pour se lancer vaillamment dans l’expérience parfois vertigineuse de l’exil temporaire hors de soi.

Dans le « 99 project », il me semble que le centre de gravité de ma question s’est déplacé et que la relation à l’autre en sera l’objet principal. Les histoires personnelles racontées lors d’interviews seront filtrées, distillées, malménées par ceux qui vont les recueillir, les écrire, les mettre en pièce, littéralement. Ce que chacun dira, s’échappera et provoquera par ricochets chez d’autres des résonnances inattendues. On tentera l’impossible : se connaître et on n’y arrivera pas tout à fait. On sera renvoyé à la « royauté secrète » de l’être comme l’écrit Genêt dans son texte magnifique l’Atelier de Giacommeti que j’ai entendu samedi lu par deux comédiens au musée Yuz. Depuis cette incommunicabilité, on pourra dire peut-être (Genêt encore): « ma solitude connaît la vôtre ».

alterite_tumblr_ltgj6c6swb1qj3k5vo1_1280 J’ai eu un peu peur au début du projet que l’écriture s’appuie sur des témoignages de vies réelles. « Coller au sujet » n’est pas mon affaire. Cela vient de loin. Petite, ma mère consentait à me laisser assister à ses nombreux metingues politiques en auditrice libre. Je tendais l’oreille et écoutais les conversations jusqu’à tomber de sommeil. Le lendemain, dans la cuisine,  je lui racontais ce que j’avais saisi au vol. Je ne comprenais rien du tout évidemment aux débats sur l’autogestion ou la fin de la classe ouvrière mais j’étais intarissable sur les jeux de langage des adultes. Je ne sais pas ce qu’elle faisait de mes « tuyaux » mais le pli m’est resté.

Samedi matin, j’ai reçu deux messages. L’un, une bille de plomb de poésie violente. L’autre, une petite eau bégnigne tombée des hautes platitudes. Les deux m’ont frappé tant ils révélaient un usage du langage où affluait un être tout à fait différent. Cela m’a rassuré. On fera feu de tout bois. Et puis on passera à autre chose.

Alterite-tumblr_o4nmx9n6651um5ubgo1_1280

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :