28 mai, les bonimenteurs

Il suffit de deux petites semaines sans écrire pour je devienne un bourbier d’ennui. Le bruit domine, j’avance à l’aveuglette. Avec le temps, je comprends mieux ce qu’écrivait Proust: « La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécuec’est la littérature ». Ce n’est pas une parole en l’air, mon vieux. Je ne fais pas partie des bienheureux pour qui « être là » va de soi. Il faut que le langage m’empoigne pour que je me ressaississe.

I. a finalement décidé de partir après une discussion où elle m’a laissé espérer qu’elle resterait. Nous avons longuement palabré pour redéfinir les contours de son travail. Puis, je suis partie en voyage pour deux jours et au retour, elle m’annonce tout de go qu’elle s’en va et qu’elle a dissimulé son intention réelle par « considération pour moi ». Qu’est-ce à dire? Elle craignait que l’annonce de son départ me « perturbe » avant des réunions importantes. Le mensonge « par considération » est il moralement plus acceptable  qu’un bobard mal ficelé ? Je me demande si je ne préfère pas le second au premier : il y a une sorte de fragilité touchante dans un boniment boiteux qui incite à l’indulgence. En tout cas, je dois recruter. La difficulté de trouver et de conserver des employés en Chine est un problème assez fréquent mais je me demande tout de même à chaque fois quelle est ma part de responsibilité dans ces échecs répétés. Mes attentes seraient-elles exhorbitantes ? Je croyais avoir progressé, écrêté mon niveau d’exigence mais cela me marche toujours pas. Quelque chose m’échappe, c’est certain.

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J’ai visité un salon professionnel de l’industrie cosmétique Que des potions, essentiellement composées de gouttes d’eau et de quelques molécules chimiques, très largement inefficaces puissent porter tant de fantasmes (jeunesse, beauté, longévité) prouvent s’il en était besoin le caractère libidinal du capitalisme. Mais, ce qui frappe, c’est le traitement industriel de ce désir. Pourquoi devrait-t-on maintenant, vouloir se laver deux fois le visage (une seule fois n’est elle pas suffisante), lifter son cuir chevelu – nouveau territoire de conquête de l’anti-âge, mon vieux – ou dormir avec un masque au riz fermenté ? Quand on parcourt les allées du salon, le premier mouvement serait presque de céder à ces nouveaux objets, puis, on se dit que vraiment, ce n’est pas possible, que ces désirs ne sont pas les nôtres et ne l’ont jamais été et que cette machine à fabriquer de faux désirs ne mène à rien d’autre qu’à l’expression brulale des pulsions et que tout cela pourrait bien finir par avoir notre peau. Les marques coréennes sont particulièrement prolifiques dans la création d’artefacts pulsionels mais, à leur décharge, l’absurdité drolatique des objets qu’elles proposent est une forme d’avertissement écrit en petits caractères sur l’emballage luxueux: «ne me dis pas que tu y as cru.».

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