10 juin, faux mouvements

Juin est un mois sous amphétamines. La végétation croit follement, dopée par un crachin électrique. Chacun se presse de faire ses valises, de terminer un projet ou de montrer quelque chose ; il faut y aller, dire bon vent, et merci et surtout bravo. Cet emballement fièvreux gâte un peu le plaisir parfois sincère qu’on pourrait prendre à ces festivités si on avait le temps d’y goûter. L’esprit papillonne intraquille, le corps s’essoufle déréglé par des contorsions syncopées. En Juin, Shanghai est une ville dure qui s’agite affolée sous un ciel cotonneux.

Le dernier concert du big band dimanche a été catastrophique. On jouait sous l’auvent bruyant du Carlton. Le tumulte du traffic et les coups de baguette saccadés de K accouchaient d’un désastre. Après avoir massacré deux ou trois morceaux, les choses sont allées un peu mieux : on avait épuisé toutes les possibilités de saccager l’ouvrage.  Une des trombonistes du groupe s’est inscrite au championat du monde de sifflement qui aura lieu au Japon en juillet. Elle a passé sans encombres les sélections comme représentante de l’Australie malgré un niveau qui dépasse à peine celui qu’on atteint parfois glorieusement sous la douche. Elle m’a raconté combien la confrérie des siffloteurs est soudée, les japonais se mettent en quatre pour accueillir cette congrégation gazouillante. Ils auront même un symposium. Elle, vise la médaille de bronze.

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Je vais peut-être donner quelques cours dans une école de mode chinoise qui occupe un bâtiment énorme (et vide) du côté de Changshu lu. J’ai visité les locaux sous la houlette des responsables. A défaut de me parler des étudiants (existent-ils vraiment ?) ou du programme des cours, ils décrivaient par le menu les équipements téchnologiques des salles de classe. Console centralisée de l’éclairage et de la climatisation, écran muni d’une imprimante intégrée, le préposé à la visiste ne m’a rien épargné. Il était très fier de commenter la décoration des salles qu’ils avaient afflublées de noms de villes. Rome et Londres valaient le détour. A Rome, le professeur se tiendra entre deux colonnes doriques monumentales tandis que les étudiants s’agglutineront sur une mezzanine en surplomb presque collée au plafond, retenus par un balcon de verre. Les jeux du cirque sans doute. Pour Londres, Harry Potter a servi de référence. Murs sang-de-boeuf et lourds rideaux en pane de velours violet atroces. Les londoniens apprécieront.

Le taxi que j’ai pris hier s’est enquis de ma nationalité (un classique de la conversation des transports). Quand il a compris que j’étais française, il s’est mis à gueuler à tue-tête, « cocorico » (en chinois) puis à mimer les animaux emblématiques des pays qu’il connaissait. Les Allemands juchés sur leur aigle (souvenir de films de guerre), les Chinois assis sur un cochon dont il se moquait bruyamment, tressautant d’une hilarité contagieuse.

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Pour affronter le chaos, rien ne vaut l’improvisation. Je participe à un atelier d’improvisation musicale avec Roman Stolyar, un compositeur venu de Novosibirk. Improviser en orchestre est une expérience incroyablement sensible. D’abord, on cherche à tâtons des règles qui n’existent pas. On se répond poliment, on s’imite, on se suit puis on sent qu’il faut faire émerger quelquechose de nouveau, de singulier, le répéter suffisament pour que les autres s’engagent, le laissant ouvert et inaccompli pour qu’ils puissent s’en saisir, le développer et porter ainsi une forme musicale intéressante jusqu’à son achèvement.  C’est délicat, cette entreprise;  cela donne à entendre, de manière ramassée mais fine le flux et le reflux des consciences. Ici, les faux mouvements se résorbent.

 

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