23 juillet, un instinct de liberté

 

C’est la canicule à Shanghai. Un sèche-cheveux gigantesque souffle sur la ville. Dans ma chambre, un climatiseur cacochyme peine à faire baisser la température de quelques degrés et je mijote dans mon jus. Est-ce la météo ?, je vis avec l’impression confuse d’un orage à venir, cherchant dans le crépitement de pensées douloureusement électriques, un savoir qui se dérobe. En Europe, à Nice, ma ville d’adoption, l’orage a bien eu lieu. Un aperçu de l’enfer. Mais « même l’enfer, les hommes ont envie de le comprendre », écrit Svetlana Alexiévich dans son livre La Fin de l’Homme Rouge. Ces événements donnent à réfléchir  mais la pensée tourne en cage sans trouver un point d’appui solide qui nous dirait comment sortir de cette folie. Que les esprits « clairvoyants », persuadés de servir le bien, nourrissent le triomphe du mal aussi efficacement que les exécutants aveugles, voilà qui a toujours posé un sérieux problème dans l’histoire. On cherche encore une solution.

China days ! Deux défections cette semaine au bureau. C’est épuisant de construire une équipe, de la former et de lire quelques mois plus tard dans une lettre de démission convenue « I highly appreciated your mentoring. I learnt a lot ». Je me suis longtemps demandé si je n’avais pas été trop dure ou si j’avais commis des erreurs. Mais à l’évidence, la question n’est là.  Ma seule véritable erreur est de surestimer l’attrait de la liberté que je donne à mes collaborateurs.  Celle-ci leur agace les dents. Celle qu’ils aiment mieux, c’est une liberté de supermarché, une vie sans histoire où l’on peut continuer de se plaindre en buvant du thé, à se prêter des talents illusoires en fuyant à toutes jambes quand l’épreuve de la réalité devient trop difficile à soutenir. On aime trop les jeux à somme nulle par ici.

De l’autre côté de l’Himalaya, les femmes qui participent au projet des 99 women se préparent à jouer ma pièce. Cette aventure a été importante pour elles. Je lis leurs commentaires : réveil d’un désir endormi, découverte de leur force individuelle et collective. Elles sont heureuses. Sur les photos, leurs visages resplendissent d’un éclat singulier et où je vois l’instinct retrouvé de leur liberté. Un truc qu’on ne vit que dans les os. On ne la chérit pas assez cette liberté dans nos démocraties usées : un simple gadget de l’idéologie petite-bourgeoise à peu de choses près. Mon vieux, tu me pardonneras de faire sonner les grandes orgues pour une fois mais je me dis qu’on fera œuvre utile si l’on parvient à raviver le goût ardent de la liberté.

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