7 août, polyphonie indienne

Je suis allée en Inde pour la première des 99 women qui avait lieu les 29 et 30 juillet dans la ville de Pune, état du Marathstra.  Il fait presque frais à Pune, un temps mouillé comme un coton imbibé. Sous le ciel gris, la ville indienne est moins violente mais plus piteuse ; la route de l’aéroport est une voie étroite bordée d’ornières boueuses où s’agglutinent des motos bruyantes, des 4×4 arrogants, quelques vaches étiques et pas mal de charrettes à bras. On passe devant un édifice à moitié démantelé sur lequel est écrit en lettres blanches : en démolition. Les lettres commencent à s’effacer mais le mur édenté est toujours là. Grand pays de lenteur. Pourtant tout le monde se prétend « busy ». Ah oui ?

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Depuis quelques semaines, je me trouvais bizarrement taciturne et presque asociale. Vivre ainsi capitonnée de silence m’a surpris. Naguère, je l’aurais interprété comme un passage éclair en Mélancolie intérieure. Mais cette fois c’était autre chose. J’anticipais la polyphonie des voix humaines qui allait affluer. Or, écouter demande de neutraliser le bruit blanc du commentaire personnel.

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J’ai rejoint Sonali pour la générale, me suis installée dans les travées et pris des notes dans le noir. Deux actes sur les 7 que compte la pièce se traînaient un peu trop à mon goût. Dans l’un, les femmes prenaient la pose, trop emplies d’elles même. Dans l’autre, elles s’essayaient au mime composant un gymkhana souvent incompréhensible. Mais tout le reste était bon, excellent même. Les deux chorégraphies, la scénographie lyrique et colorée, les costumes, les variations au violon de Rama Chobe me plaisent beaucoup. Après la générale, les actrices sont venues me trouver pour avoir mon avis et j’ai convoqué les deux groupes problématiques pour une ultime répétition le lendemain soir.

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Violin

On s’est retrouvé dans l’école où se sont tenues toutes les répétitions au cours des 5 derniers mois. Les difficultés de transport combinées aux obligations familiales ont imposé le rendez-vous du week-end, les samedis et dimanches après-midis, le groupe entier réuni. Sonali fournissait les sandwichs et le thé car  « they expected it ». Je n’ai pas cherché à changer la mise en scène mais seulement à lisser les scories inutiles et pousser les gestes à fond pour qu’ils deviennent enfin visibles. J’interroge l’actrice qui joue Nandita et elle me raconte la vie de son personnage (la femme de ménage en charge de la suite 8 de l’hôtel Taj Mahal). Je lui dis en riant que je la connais assez bien : après tout c’est moi qui ai écrit son histoire. Beaucoup ont appris tous les rôles. C’est que, me dit Sonali, la compréhension des personnages n’allait pas de soi, Elles ont dû travailler pour parvenir à se projeter dans d’autres vies.

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Toutes me parlent de leur aventure collective. Elles s’étonnent que maris et enfants aient survécu à leur désertion partielle des tâches ménagères. Je dis : « l’homme finit par se nourrir lui-même quand la femme n’a plus le temps de lui préparer ses rôties ». Trois femmes de confession musulmane ont  demandé à changer le texte de la belle Tatiana, morte avant d’être vieille. Je comparais ses pieds et ses mains à ceux du prophète Mahomet. J’avais lu quelque part qu’ils étaient grands (dixit Hasan Ibn ‘Ali) et j’avoue avoir été trompée par l’empreinte supposée de pied de Mahomet conservée à Istanbul qui annonce un bon 48. Par la barbe du prophète, la fiabilité des sources!

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Le jour de la première, tout se passe dans le calme. Je répète mon allocution d’entrée et de fin (je suis l’invitée d’honneur et me suis habillée à l’indienne, pour me fondre dans le décor). Au cours de la représentation, les spectateurs applaudissent après les répliques qui les transportent. Les quelques histoires où je fais allusion à l’homosexualité, l’addiction ou pire encore à des maternités non désirées tombent dans un silence crispé. Après le spectacle, c’est la joie explosive des femmes et du public. Beaucoup d’hommes viennent me féliciter. Ils ont trouvé la pièce très intelligente, ce qui dans la bouche d’un homme indien, est  un compliment.

Dance 2

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Crew

English version

An Indian polyphony
I went to India for the premiere of 99 women that took place on 29 and 30 July, city of Pune, State of Marathstra. It was almost chilly in Pune, their air as wet as a soaked cotton. Under a gray sky, Indian cities is less violently colorful and looks duskier. The road to airport is a narrow path covered of muddy potholes, full of noisy motorcycles, arrogant SUVs, a few emaciated cows and lots of carts. We pass a half-dismantled building on which was written in white letters: “demolition”. The letters already begin to fade but the toothless wall is still there. Yet everyone claims to be « busy ». Really?

Before flying to India, I felt strangely silent and almost asocial. In the past, I would have interpreted it as a short round trip in Inner Melancholy. But this time it was different. I anticipated the upcoming polyphony of human voices and got ready to listen to their echoes: one needs to neutralize the white noise of personal comments.

I joined Sonali for the general review, sat in the aisles and took notes in the dark. Two acts of the play lasted a little too long for my taste. In one act, women took the pose, I thought. In the other, they were trying to mimic character’s actions and composed a rather obscure gymkhana. But everything else was excellent. The two choreographic pieces, the lyrical and colorful set design, the costumes, the violin solo of Rama Chobe vere enchanting. After the rehearsal, many actresses came to me to have my opinion and we decided to appoint the two problematic groups for a final rehearsal the next evening.
We met at the school where all repetitions took place over the last 5 months. Transportation difficulties combined with family obligations imposed to practice on Saturday and Sunday afternoons, gathering the whole group. Sonali provided sandwiches and tea as »it was expected. » I did not seek to change much of the staging, but only to clean up unwanted gestures so that they become more obvious. I questioned the actress who played Nandita and she told me the life of her character (the maid who is in charge of the Taj Mahal Hotel Suite Number 8). I reminded that I know quite well the story and we laughed. Many have learned all the roles of the play. Because, Sonali said, the understanding of the characters was not straightforward, actresses had to work to project themselves into other lives than their own existence.All women reported about the energy of their collective adventure. They were surprised that their families survived their temporary escape from household chores. Three Muslim women asked to change the lines of the beautiful Tatiana, who died before being old. Fact is that I compared her feet and hands to those of the Prophet Muhammad. I had read somewhere that they were big (Hasan ibn ‘Ali) and I guess my mistake came from the supposed foot print of Mohammed kept as a relic in Istanbul that shows an impressive 13 (US shoe size). By the beard of the Prophet, check your sources!
The day of the premiere, everything went smoothly. I repeated my speech (I was the guest of honor and got dressed in the Indian way trying to blend into the place). During the performance, the audience applauded after the lines they enjoyed. The few stories that related to homosexuality, addiction or unwanted motherhood fell sometimes into a tense silence. After the show, I could see the explosive joy of all actresses and feel the satisfaction of the public. Many men come to congratulate me after the show. Some said it was a very clever play, which in the mouth of an Indian man, is a way to turn a compliment.

 

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