20 août, laisser filer

Je suis arrivée à Paris par le vol en provenance de Dubai. Au travers des grandes vitres ajourées de polygones étoilés de l’aéroport, on distinguait à peine la plus haute tour dans un ciel couleur sable, aussi tremblante qu’un mirage. Il y a-t-il vraiment quelque chose à voir à Dubai ?

Le chauffeur de taxi parisien qui m’achemine vers le 19 eme est un type obligeant. Déshydratée et épuisée par le voyage où j’ai passé mon temps à regarder des films dont une bonne dose de dessins animés, je titube et crois utile de lui préciser que je ne suis pas ivre. Il m’offre de taper dans sa réserve d’eau minérale que j’épuise en un rien de temps, reconnaissante et vaguement honteuse de cette mise à sac. On discute des mérites de la vie parisienne. Il avoue adorer le métro et moi l’eau du robinet.

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Mon frère habite avec sa famille une jolie maison aux volets rouge dans une voie privée qui fleure bon le lilas, le jasmin et le chèvrefeuille. Rue de Belleville, quelques clients sirotent en terrasse. Je leur trouve un air sophistisqué. Un an de Chine suffit à raviver mon provincialisme dans une ville qui ressemble pourtant en ce 15 août à un village.

Le calme parisien est une trève délectable. . J’écoute en passant de rares conversations et m’étonne de tout comprendre. Sortir ainsi brusquement de l’isolement linguistique provoque parfois chez moi des remarques déplacées. Mais ici, on ne cause que de vacances passées ou à venir: pas de quoi polémiquer. Je note que ma langue parlée s’orne désomais de préciosités surannées. Evoluant dans un milieu différent, j’échappe aux mutations du français ambiant. La sélection naturelle me dote de caractéristiques propres à une sous-espèce non répertoriée de locuteur francophone. Mais après tout, ce phénomène n’est peut être que l’amplification d’un principe plus large de constitution d’un dialecte (une flore linguistique idiosyncrétique) propre à chaque être parlant.

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tag cloud (mathieu tremblin)

De retour à Nice, je ne savais pas à quoi m’attendre et me tenais dans une réserve circonspecte. Or les choses n’ont pas beaucoup changé du moins en apparence. Le flux de la vie a une grande puissance d’indifférence à la fois terrifante et magnifique. P me dit que la rentrée des classes fera ressurgir les ombres. On ne peut pas penser à la mort tout le temps. On laisse filer.

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image à la une JR (rio 2016)

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