24 septembre, les expressions

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J’ai dit à A « hâte-toi lentement » : un simple encouragement sans y penser, alors que je la voyais penchée sur les gammes de couleur d’un client. Prononcer cette phrase a fait se lever en moi le souvenir de mon père. Au début a toujours été le verbe. Je me suis souvenu alors des expressions de mon père et ma mère. Elles remontaient à la surface comme des cadavres longtemps immergés dans les eaux sombres d’un lac, comme si elles voulaient être repêchées et ravivées pour être dites à nouveau. L’héritage est fait de mots, ces sentences figées qu’on traine comme des casseroles bosselées, quelques phrases cruelles qui distillent longtemps leur poison toxique et tout de même, de bonnes et belles paroles avec lesquelles on vit un temps avant que la petite vérité qu’elles font tinter s’évanouisse dans le silence.

Les expressions paternelles tournaient surtout autour des vertus du labeur et de l’acceptation de la solitude indépassable de l’Homme. Une morale de charteux proche de son expérience vécue, moine-paysan savoyard besogneux et taiseux. Avec ça, va savoir, il aura presque fait de moi une grosse bosseuse solitaire, cul de plomb ! (je le cite).

De ma mère, les paroles fusaient drôles ou perfides et qui touchaient. Elle affectionnait moins les ritournelles universelles que des commentaires ciblés. On entendait la détestation du quotidien (« la grisaille quotidienne »), le primat de l’émotivité, l’angoisse du vide et le rejet du conformisme petit-bourgois. Au fond je ne me souviens pas très bien des mots précis de ma mère ; ses paroles forment une fugue aux modulations complexes dont l’argument principal tournait autour de la question de savoir s’il valait mieux ou pas échapper aux morsures du réel. Elle avait choisi. J’ai conservé d’elle l’amour salvateur de la littérarure et probalement aussi, une bonne dose de mélancholie.

Les répétitions de la pièce Un sac de larmes que j’ai écrite sur une idée orginale de E pour son spectacle de danse créée en Mars 2016 vont commencer ce matin. Le spectacle, essentiellement théâtral cette fois,  sera présenté à Shanghai le 19 novembre. Nous sommes trois adultes (F joue la fée, C le directeur et moi le narrateur) et deux fillettes de 11 ans. Je suis très contente de cette pièce dont l’imaginaire évoque Orange mécanique et Tim Burton, pour te donner une idée. Les enfants aimeront, les parents seront sans doute un peu perturbés du miroir déformé que je leur tends car ce sont évidemment « de bons parents aimants et attentifs ». Tout va bien.

Mon frère se marie vendredi prochain à Paris. Je ne sais pas encore ce que je vais raconter. Du bonheur, mon vieux, on n’a pas grand-chose à dire.

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2 Commentaires

  1. Hello, lectrice occasionnelle mais régulière de votre blog, je serai de la noce vendredi prochain et serai ravie de vous saluer🙋 Et vous entendre dire des choses sur le bonheur, ce qui est toujours plus difficile, indeed !

    1. Bonjour Laurence, moi aussi je suis ravie de faire votre connaissance. prévoyez de vous appuyer un discours de mariage un brin alcoolisé plutôt qu’une envolée lyrique sur le bonheur 😉 A bientôt.

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