20 Novembre, coup de bambou

 Ces dernières semaines m’ont cassé le moral. Sans doute, j’ai un don particulier pour l’insatisfaction et la candeur, l’étoffe dont on a toujours fait les « perdants » même pas magnifiques, hein ?

J’aurais aimé être plus rusée et plus pragmatique, moins indéfectiblement liée par ma fichue hérédité européenne au prestige de la critique et de l’idéalisme. J’aurais aimé être plus « chinoise » si l’on veut. Je me plaindrais un jour en haut lieu d’avoir reçu ce cœur clair d’éternelle blanc-bec.

Apitoiement d’enfant gâtée ? Oui. Mon vieux, pour te ménager, je vais essayer de pas trop m’épancher. Bientôt, les roues de la vie recommenceront à tourner et on continuera «  par la vigueur de l’usage, de compenser la hâtiveté de son écoulement », comme l’écrit Montaigne, qui est bien mon seul refuge dans la déconfiture présente.

Aie ! Mais qu’est ce qui s’est donc passé ? Oh ! Rien de grave. Voici un an que mes efforts professionnels sont devenus très largement inopérants. Je gaspille une énergie considérable à essayer de vendre des idées à des chinois pour qui la matérialité réalisée est la seule chose qui compte vraiment. Et comme on s’en doute, cela ne marche pas. JOu cela ne marche plus.

C’est pourtant simple à piger, non ? alors comment se fait il que je m’en suis-je pas rendue compte avec déjà six ans de Chine ?

Je crois avoir eu conscience de cet impossible assez vite ; disons qu’au bout de deux ans, j’avais complètement renoncé à me faire comprendre au moyen de l’abstraction. Je me suis ajustée, j’ai appris à présenter les idées immatérielles dans un langage concret. J’ai trouvé quelques clés, certaines dans les livres, certaines toute seule comme une grande, et cela a marché et même assez bien. Il faut dire que la Chine, six ans en arrière, doutait encore un peu d’elle-même : elle admettait sa faiblesse en matière d’innovation ; je m’engouffrais dans cette petite faille pour y trouver ma place.

Mais aujourd’hui, cela ne suffit plus. La Chine de 2016 se rêve invulnérable et par un curieux retournement, ne tolère plus de prendre le moindre risque. Le ralentissement de la croissance économique organise le repli sur les recettes éprouvées. La lutte anti-corruption, tout azimuth, renforce sans doute cette raideur nouvelle en punissant toutes formes, même licites, d’initiatives hors piste. Conspiration de la frilosité.

Suis je encore capable de m’adapter ?  Avec la philosophe et entrepreneur Christine Cayole que j’ai entendue témoigner l’autre jour à Shanghai lors de la soirée de l’association La Ruche, je partage la conviction que la différence culturelle n’est jamais un obstacle infranchissable, qu’on finit toujours par se retrouver dans ce qui nous dépasse. Je le sais, et l’ai vécu ici même si souvent. Mais encore faut-il que la porte soit légèrement entrouverte des deux côtés.

La porte chinoise me semble bien fermée ces jours ci. Et la mienne ? A. et moi avons des idées (plutôt bonnes dans l’ensemble), une capacité (plutôt reconnue) à les transmettre et à les accompagner dans leur réalisation mais hélas, nous ne les livrons pas, prête-à- consommer sur un plateau d’argent. C’est un problème car tout le monde ici semble se foutre de ce qui se passe en cuisine. La religion du fait accompli domine; celle de l’idée déjà réalisée, pondue par de naives déductions, sans risque et sans trop d’effort, règne sans partage.

Intégrer cette croyance, signifirait pour nous renoncer à ce que nous savons faire de mieux, ce à quoi nous travaillons ensemble depuis presque 20 ans. Peut-être que nous n’en sommes plus capables. Peut-être que nous finirons par nous adapter. Peut être que nous devrions pas le faire. Je ne sais pas.

D’où le coup de mou, ou en l’occurrence, le coup de bambou.

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