24 décembre, bifurcations

Dans trois jours, j’ai 47 ans. J’aborde la période-des-fêtes-oui-c’est-sympa- mais-vivement-qu’on-en-sorte à Shanghai sous un ciel épais comme un gruau boueux. L’année 2016 a été rude et la course du monde n’a pas aidé, pas vrai ?

Cette semaine, je devais aller à Pékin. La pollution atteint des sommets en cette période de l’année et a empêché le décollage des avions de Shanghai : cela m’a valu une cavale éreintante pour rejoindre Pékin dans les temps. J’aime prendre le train. C’est un moyen de « transport » surtout par les lectures qu’on y fait. J’ai lu L’amie prodigieuse de Ferrante à l’aller et au retour j’ai remis ca. Je n’avais qu’un seul livre sous la main, faut avouer. On a beaucoup parlé du succès de ce livre et pas seulement pour découvrir qui se cache derrière le pseudonyme. Le livre est le récit de deux vies  en miroir soudées par une amitié. Deux petites filles grandissent dans la Naples des années 50 noircie de misère et de violence. Une histoire simple d’une sincérité étonnante : les tropismes bien marqués des personnages – Elena, studieuse et docile, Lila géniale et rebelle attirent l’attention du lecteur sur le lieu de ses propres bifurcations, ces carrefours minuscules qui forment l’archipel fragile et incertain d’une existence à la fois subie et choisie.

A Pékin, tournée de quelques géants chinois de l’automobile  en compagnie de W. un Business Developer de 40 ans recruté il y a deux mois. C’est un type appliqué mais j’ai de sérieux doutes sur son jugement. « Le constructeur B parie tout sur l’innovation », résume t il après avoir compilé sur le site de la société en question les fanfaronades chères aux entreprises étatiques. Las, dans le hall d’entrée, 80 modèles automobiles – et pas des plus récents – de TOUS leurs concurrents étaient conscieusement copiés par une floppée de designers qui prenaient des notes. Je lui ai dit : « voilà comment on fait du design ici » mais il a réagi avec un sourire craintif à ce démenti flagrant. « Ce qu’aiment entendre les Chinois, ce sont des paroles qui résonnent comme le tonnerre » rappelait quelqu’un. Et le tonnerre, mon vieux, n’empêche personne de dormir.

Tu comprendras que dans un pays où on a trop souvent tort d’avoir raison, j’en vienne à douter de mon jugement. Suis-je découragée ? Pas vraiment ! Le découragement prospère sur les ruines d’espérances décues. Je lui oppose un refus d’espérer, un pessimisme obstiné qui me tiendra lieu de courage en attendant mieux.

Forest Edge, Hokuto, Hokkaido, Japan, 2004

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