31 décembre, une nostalgie d’avenir

Le ciel de Shanghai est clair en ce 31 décembre, débarbouillé de la suie charbonneuse des derniers jours. L’année essaierait elle de se faire pardonner sa noirceur?

La vérité en gris, en noir, en blanc

Récemment j’ai été chez Tencent, le géant chinois des applications mobiles (QQ, Wechat). Ils ont conduit une enquête auprès de leurs utilisateurs sur leurs couleurs préférées concernant l’habillement et collecté des centaines de millions de données dont ils espéraient  tirer un rapport. Je posais quelques questions sur les variables disponibles pour enrichir l’analyse mais j’ai bien vite compris qu’ils ne disposaient que du simple comptage des votes par couleur. Soit. Je leur ai proposé de prolonger ce palmarès un peu sec en reliant les préférences actuelles aux tendances futures pour prolonger la portée du dossier mais ils ont refusé avec des mines effarées. En fin de compte, je vais devoir commenter le tiercé gagnant, le noir, le gris, le blanc. J’ai fait remarquer qu’un tel résultat pouvait s’obtenir en deux minutes en interrogeant le premier vendeur de frigues venu mais l’évidence de la conclusion pilonnée par des millions de données leur convient et rassurait le jeune chargé d’études tout boursouflé de certitude: « this is the truth », a-t-il répété par trois fois. Alors, va pour la vérité en gris, en noir, en blanc. Ce ne sera pas mon rapport le plus excitant mais certainement le plus rapide à ficeler et probablement aussi le plus lu. Le 31 décembre est voué au best of.

Best of

J’aime quelquefois lire des listes mais j’ai perdu ma capacité en composer. Un de mes mots préférés « contexte » s’accommode mal de la l’univocité sommaire des palmarès. J’aime bien le personnage de Mathieu, un des personnages de la future pièce 99.  « Je m’appelle Mathieu. Je suis perdu. J’aime passer du temps seul, aller voir un film dans une autre ville alors que je pourrais facilement le regarder près de chez moi. J’ai besoin de temps pour comprendre les choses. J’ai mis 5 ans à me rendre compte que je n’habitais pas à Pékin mais à Shanghai. Pour mieux comprendre ma vie, j’ai fait la liste de mes questions existentielles. Elle est désormais si longue, avec des tas d’objectifs, de motivations et de décisions à prendre, que je ne la comprends plus. Et je suis perdu.”

Nostalgie d’avenir

J’ai regardé le film Demain qui est disponible gratuitement sur Youtube. Il a dissipé ce qui me semble être l’aporie toxique du moment: l’impuissance outragée face au désastre, le repli apathique et l’apitoiement narcissique qui suit. Ce film démontre en autres l’incroyable capacité humaine à agir, en renouvelant ses réprésentations: sa plasticité idéologique étonne. Mon vieux, cette année difficile a nourri en moi une envie de changement opiniâtre. Mes tropismes ont évolué très significativement, toujours plus aimantés au vivant. Certes la mutation fatigue car la vieille peau  tiraille. Mais je sens lever en moi, étrangement résolue, une nostalgie d’avenir. Elle s’afflige par anticipation de l’inaccomplissement d’un futur possible et me tient bien éveillée.

« I bring you,
reawakened,
a memory of those flowers. »
— William Carlos Williams,

forest

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