28 janvier, fin des bons sentiments

L’élection de Te Lang Pu (Trump en pingyin) me laisse dans un état de sidération et d’indignation qui dure. Je vois comment il a gagné mais au fond je ne comprends pas bien pourquoi. Et je m’inquiète de l’apathie des « braves gens » lors des prochaines élections en France. Démocrates endormis, nous sommes tellement habitués à ne plus croire les promesses de campagne que nous pensons être protégés par le fait qu’elles seront forcément non tenues et infléchies par la réalité des faits. Ce compromis par anticipation – l’acceptation raisonnable d’être « normalement » déçu – me semble dangereux à présent. Il faut croire ce que disent les clowns et chasser impitoyablement cette pensée mollement réconfortante que le sens des responsabilités leur reviendra une fois élu. Mon vieux , le bon sens ne va plus de soi. A l’ère de la « post vérité » (n’est-ce pas là un euphémisme pour décrire un des aspects les plus effrayants du  totalitarisme ? ), la notion même de vérité objective devient un sport de combat.

desertJ’ai lu hier Les naufragés du Batavia de Simon Leys, sinologue, observateur extra lucide de l’ère Mao et amoureux de la mer. En 1629, le Batavia, navire de la compagnie hollandaise des Indes Orientales s’échoua à 80 kilomètres du continent australien. Les quelques trois cents rescapés se retrouvèrent coincés sur des îlots perdus de l’archipel des Houtman Abrolos et bientôt sous la coupe d’un criminel particulièrement doué qui, avec l’aide de de quelques sbires, entreprit de les massacrer. S’ils ne moururent pas tous, c’est qu’un brave type du nom de Hayes organisa la résistance et le règne du psychopathe fantoche prit fin. L’épigraphe, une citation d’Edmond Burke, penseur conservateur et libéral du 18eme siècle m’a frappé: « Tout ce qu’il faut pour que le mal triomphe c’est que les braves gens ne fassent rien ».

bruce-lee-big-boss-47Le yoga est idéal pour cultiver la souplesse. Avec un peu de pratique, l’esprit se calme, concentré et bienveillant. Mais en ce moment, j’éprouve aussi le besoin de me durcir la couenne et je me rends depuis un mois au cours de gym de Mr Ma, qui est aussi affuté et bondissant que Bruce Lee. Le cours de Mr Ma est une expérience de sauvagerie raffinée très chinoise. Il en appelle à la force brute par des encouragements outrageusement positifs mais se montre extrêmement pointilleux dans l’exécution des exercices. Puissance et minutie, tel est l’équilibre selon Ma. J’ai fait quelque progrès (« you changed », dit Mr Ma content) et surtout, j’y trouve un peu de combativité pour sortir de l’ornière débilitante des bons sentiments.

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