26 février, en pure perte

Je suis rentrée à Shanghai depuis deux semaines. Le temps y est encore froid et venteux mais déjà une tourterelle apprête son nid pour le printemps. C’est instructif de regarder les oiseaux à l’ouvrage. La tourterelle ne se presse pas, fait des pauses, met un temps fou à choisir ses brindilles parmi les débris de bambou mais ne s’arrête jamais. Pour cacher le but de sa manœuvre aux éventuels prédateurs (en l’occurrence, un chat blanc à l’œil torve) elle accède à son nid en trois vols successifs de sorte qu’on peine à la suivre du regard dans les buissons. Il y avait un dilettantisme efficace dans sa façon de procéder qui m’a plu.

nestLa parenthèse niçoise a relâché la tension qui s’était accumulée depuis quelques mois. Un ciel lumineux, la présence sensible de la mer et le silence provincial de mon quartier ont agi comme un sédatif léger. Se laisser vivre un peu après des semaines de marche forcée, poussée par une volonté sans élan. Cette volonté-là ne m’a jamais convaincue, mon vieux. Elle n’est rien d’autre qu’un sentiment d’obligation trafiqué par de pesantes délibérations. L’injonction du devoir bien compris est peut être utile parfois mais pour un véritable engagement, la froide clarté d’un instinct puissant m’est nécessaire. Est-ce trop demander ? En attendant, je m’englue dans le bourbier des pours et des contres qui ricochent sans tracer de voie droite. Faut-il oui ou non virer encore un fois mes collègues qui ne fichent rien et coûtent cher? Faut-il déjà échafauder un plan B pour monter la nouvelle pièce 99  à Shanghai  alors que les théâtres me baladent depuis des mois : serrage de vis oblige, un producteur chinois est devenu obligatoire pour monter des spectacles. La majorité des économistes nous vouent la comptabilité de nos besoins individuels: « tu maximiseras ton utilité » reste le crédo le plus courant. Mais la pesée des objectifs concrets aux résultats mesurables est très réductrice à mon avis. On oublie qu’on se dépense « en pure perte », comme le rappelle Bataille. J’aimerais bien que quelqu’un se colle à l’économie obscure des « dépenses improductives ».

cat_whiteDans cet océan d’empêchements et de pensées mécaniques (95% de nos cogitations quotidiennes sont parait-il, des répétitions), la publication du libre Lisa et les chaussettes rouges est une bouffée d’air frais. Ce sera un joli livre et j’ai mis beaucoup de ce que je crois avoir été enfant dans le personnage de la petite fille : une grande propension à l’ennui, un goût prononcé de l’observation et une ardeur ridiculeusement chevaleresque à combattre l’injustice.

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