18 mars, Rien de sérieux

Ces dernières semaines, je suis trouvée comme empêchée d’écrire. La cause probable de ce blocage momentané est que j’ai entrepris d’étudier un peu sérieusement ce qui nous attend au cours des trente prochaines années c’est-à-dire, pour ta gouverne, quand notre modèle fondamentaliste de marché et fétichiste de la consommation va piler contre les limites physiques de la planète. Dommage instantané du changement climatique, mes petites histoires me semblaient bien futiles. Que peut-on écrire devant les ruines ? Les Grands Problèmes, mon vieux, sont trop vastes pour rentrer par mon petit bout de lorgnette. Il m’arrive tout de même de me poser de graves questions: Pourquoi la guerre ? Comment sauver la planète ? Dieu existe-il ? Et s’Il existe, bon sang, pourquoi certains roulent-ils encore au diesel ? Mais je réserve ce genre de réflexion à mes rêveries péripatéticiennes ou à la rigueur à mon journal privé mais rarement à des écrits lisibles. Je le regrette un peu. Il me semble qu’on ferait œuvre utile si on pouvait déshabiller l’avenir écologique de ses habits trop pesants de catastrophisme et d’injonctions solennelles et le ramener à ce qu’il est: un présent en devenir enchâssé dans l’ordinaire des jours.

Samedi dernier, j’ai participé une nouvelle fois à Ladyfest, avec une courte lecture de la nouvelle pièce 99. Ladyfest est un joyeux foutoir anarcho-féministe : on y vend de la bière artisanale, du savon bio et des bijoux faits mains, on peut assister à des séances de danse du ventre tribale ou de roller derby, échapper de justesse à l’inévitable zumba ou s’informer sur le paysage LGBT chinois et bien sûr fabriquer son compost muni d’une poignée de lombrics bien frais. Le public est très jeune, les filles américaines arborent des dreadlocks colorées et des bourrelets tatouées, les chinoises sont plus discrètes, un peu effarées et prennent des photos. Il y flotte un parfum d’activisme brouillon teinté d’excitation sexuelle. Des jeunes gens très hypes faisaient une démonstration d’acroyoga, activité qui tient un peu du cirque et surtout du tripotage. Le garçon allongé sur le dos par terre porte en appui sur ses mains et ses pieds la fille qui se tortille langoureusement. Les porteurs après la pratique n’avaient pas le sourire détaché du Buddha, crois moi.

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Nos affaires ont repris début mars et la signature de quelques contrats nous donnent un peu d’air. « Keep the cash » est en gros mon viatique entrepreneurial et nous avons eu au moins le mérite de durer. L’un de ces contrats vise à dessiner les uniformes du personnel du métro de Shanghai et nous avons interrogé des opérateurs qui nous ont parlé pendant deux heures de la chemise qui colle, de la veste bordeaux qui gratte, de la ceinture qui bride les mouvements. Ils se gardaient bien d’une critique trop franche du prestige inconfortable de l’uniforme (on est en Chine). Tout de même, certains ont confié que l’absence de distinction visible entre les fonctions de simple opérateur et de manager les démangeait un peu. C’étaient bien évidemment des managers qui se plaignaient. Faut croire que l’égalité de l’habit ne sert pas l’autocratie. Je me souviens du livre « La guerre n’a pas un visage de femme » d’Alexevitch et de la confusion des jeunes soldates recrutées par l’Armée Rouge qui mélangeaient allégrement tous les galons des échelons militaires avec une ingénuité hilarante (cependant, elles étaient punies pour leur irrespect involontaire car on ne rigole pas avec les gradés). A Shanghai en 2017, les filles du métro ne souhaitent pas féminiser leur costume car cela diminuerait d’autant leur crédibilité. 10 jours après le 8 mars, c’est un rappel utile.

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