26 mars, exit

Grâce à l’invitation de M., j’ai assisté à la réunion mensuelle d’un groupe de dirigeants français de Shanghai. L’orateur de la soirée était Oussama Ammar, un des cofondateurs de TheFamily (sa célébrité autorise certainement la publicité de son nom) qui a parlé de la transformation digitale. Le talent oratoire de Mr Ammar consiste à mêler avec habilité un brin de théorie (théorie économique et même quelques principes de la physique quantique) aux anecdotes savoureuses de sa vie d’entrepreneur et d’investisseur. Un art de conteur en somme où la start-up apparait comme une figure d’épopée: une naissance obscure, un parcours semé d’initiations brutales jusqu’à sa chute tragique ou son triomphe vertigineux. La start-up héroïque ne connait pas la demi-mesure, la voie du milieu n’est pas son chemin. Jeune, rapide, rétive à toute moraline, elle suit sa voie exponentielle jusqu’à l’exit, graal et apothéose. Comme tout le monde, je suis fascinée par cette hybris hypermoderne – Icare harnaché d’ailes couvertes de tuiles photovoltaïques pourrait bien atteindre le soleil – mais cela suscite aussi des sentiments ambivalents. Car, si l’économie digitale perturbe les règles du capitalisme industriel classique, elle ne remet pas en question ses pulsions les plus fondamentales: une foi absolue dans la loi du marché, un éthos agressif formaté pour la castagne et une boulimie sans limite. Il y a toujours quelque chose d’enthousiasmant dans la conquête – botter le cul des grands monopoles et des féodalismes – mais aussi de conformiste dans son accomplissement – être calife à la place du calife. Comme si Robin des bois rêvait d’accrocher à son pourpoint l’insigne du Shérif de Nottingham. Mais après tout, on n’en sait rien. La littérature parle rarement des héros en retraite.

theatre

L’écriture collaborative de la pièce 99 a demandé environ 9 mois de travail : 150 interviewés, 70 interviewers, 50 écrivains, une dizaine de traducteurs, une escouade d’éditeurs. Puis le lancement de la dernière étape du projet (la mise en scène) a beaucoup tardé faute de trouver un grand théâtre nécessaire à sa production. Chemin faisant, l’idée de procéder autrement – des lectures-performances éparpillées dans la ville sur quelques semainen s’est fait jour, non seulement pour contourner une quasi-impossibilité pratique mais aussi pour proposer un format original, plus proche du matériau brut de la pièce : les histoires racontées par les habitants de Shanghai. Je m’atèle désormais à la tâche de trouver des lieux adéquats et j‘ai bon espoir que l’on pourra assister à ces spectacles à l’automne prochain. Un des soucis sera évidemment de mobiliser à nouveau les participants car dans cette ville plus qu’ailleurs, les engagements se défont en un clin d’œil. Partir de zéro n’est pas un problème en revanche, les faux départs épuisent. Cette fois, on ne m’y reprendra pas. Mon vieux, je vise la sortie;-)

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