2 avril, chaos bien ordonné

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Avant 7h du matin, les rues de mon quartier sont très calmes. La vendeuse de légumes assise sur son minuscule tabouret débrouille les bottes d’épinards jetés en ballots compacts devant son échoppe par un kuaidi pressé. Une dame serrée dans son tablier à fleurs fait revenir des montagnes d’œufs dans un grand wok rempli d’huile qu’elle empile ensuite à sa droite en pyramide de napperons dentelés et visqueux. Un vieux monsieur en chaise roulante  fabrique des petites sculptures métalliques, une chaise, une danseuse et tutu, en découpant des cannettes de coca avec une pince coupante. Ces occupations de trotte-menu tranchent absolument la grande bataille de 8 heures. En quelques secondes, la rue se remplit d’écoliers qui courent vers l’école en se bousculant dans leurs survêtements réglementaires, de vélos et de scooters qui se faufilent sur la chaussée et les trottoirs à grands renfort de klaxons. Les oiseaux s’époumonent pour tenter de couvrir le vacarme environnant de trilles stridents. Des vieilles personnes se rangent en ligne devant la boulangerie, la banque et le bureau de poste, prêtes à l’assaut. Tous les matins ou presque, je m’offre ce spectacle chaotique et bien rodé. Parfois un premier rôle, désigné par le hasard, entre en scène. Ici, un homme d’un certain âge, en tenu de gala achète des petits pains, là un dormeur finit sa nuit pépère sur un matelas posé très haut sur un tas de cartons, plus loin, deux commères tiennent salon, au beau milieu du trottoir, encerclées par la houle piétonnière.

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A. a travaillé très dur ces dernières semaines. J’ai essayé de l’aider au mieux en classant des dizaines de milliers de photos de défilés de mode pour nos différents clients textile. Je n’avais pas fait « mon tour de mode » depuis quelque temps et ce travail laborieux de classement iconographique révèle comme toujours la convergence massive vers certaines formes, certaines couleurs, certaines matières. Il me semble que ces tropismes tiennent de plus en plus à l’influence, puissante quoique vite épuisée, de quelques designers vedettes amplifiée par des copieurs zélés. Dans ce système, l’originalité devient le signe paradoxal d’une répétition obstinée et d’un succès modéré. En Chine, où la nouveauté prime toujours sur l’originalité, l’idée de marque ou de style, reconnaissable grâce une certaine persistance, n’est pas du tout comprise bien qu’elle soit parfois désirée comme une sorte d’attribut « magique » qui permettrait de mieux vendre. Pour t’en convaincre, il te suffira de demander à quelques stylistes chinois de classer des images. Tu verras, c’est rigolo ! Le spécialiste du branding aura de quoi être ébranlé dans ses croyances les plus élémentaires. C’est que, mon vieux,  la cohérence n’est pas une fin en soi.

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un commentaire

  1. Le début m’a fait penser, d’emblée, à la voix off du film Amélie Poulain, j adore ces descriptions si imagées, colorées

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