1er juillet, croisements

Je devais aller à Guangzhou le weekend dernier pour une dernière lecture de Lisa organisée dans le cadre du festival Croisements.  Mais les pluies de juin en ont décidé autrement. Juin est immensément humide (l’emphase est justifiée, crois-moi). Tout devient spongieux et certains allergiques réagissent en se couvrant de pustules batraciennes. Les vols étaient annulés, les trains pris d’assaut – une pagaille monstre ; je n’ai pas eu le courage de passer une nuit à  l’aéroport pour attraper un hypothétique vol matinal.

airport_l1cwv0g0qd1qb5wbbo1_1280

Ce contretemps vite digéré,  j’avais donc devant moi un gros morceau d’agenda vacant, dont je me suis réjouie de ne RIEN faire ; Ah ! le plaisir d’une petite arnaque réussie à la barbe du vieux Chronos. On aura voulu nous convaincre que le temps perdu était insupportable et sans doute est-ce ainsi pour les zélateurs du gain de temps. Pourtant, j’observe que pas mal de gens aiment passer leur temps à ne rien faire, et quand ils en ont l’occasion, à cultiver leur disponibilité plus que leur emploi. Nous sommes apparemment quelques-uns à penser que chaque seconde de notre fichue existence n’a pas à  être utilement occupée à quelque chose. Nous ne savons pas ce que FOMO (Fear Of Missing Out) veut dire. Nous ne sommes pas des investisseurs, faut dire. Les aristos de la nonchalance forment une caste déchue en Occident mais en Chine, les roturiers de la productivité n’ont pas encore tout à fait gagné.

Hier, une chose m’a frappé dans le métro de Shanghai. D’habitude, les visages sont penchés sur les écrans, tous massivement absorbés et absents. Seuls les très vieilles personnes, les fous et les tout-petits enfants regardent encore autour d’eux. Pourtant, quand je suis entrée dans le wagon, j’ai senti une atmosphère différente, un espace sensible née des croisements fugaces de regards. C’était très perceptible. La cause m’est apparue peu après : aucun téléphone n’était sorti. Je n’explique pas cette configuration très inhabituelle.

subway_tumblr_ncf1l16RC81r7kuu3o1_1280

A a passé quatre jours dans une usine qui fabrique des uniformes (Gloire impérissable ! nous aurons habillé les employés d’un bout de ligne de métro à Shanghai). Le patron est multimilliardaire et a pour danseuse l’élevage des chevaux qu’il loge dans un vaste domaine. C’est une réplique de Versailles où traînent en bonus quelques moulins à vent bataves, ponts vénitiens et des structures métalliques aux éclairages surnaturels. A la folie des grandeurs du patron répond l’étroitesse de vue des employés. Cette distance entre la base et le sommet ne se résorbe pas ; A le comprend mais ne s’y fait pas. Son ethos est tellement arrimé à la responsabilité et à la compétence que son jugement devient cassant quand elle se frotte à l’innocence des âmes abruties. Qui est une chose plus désirable qu’on ne le croit.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :