6 août, repli providentiel

Il fait très chaud à Shanghai depuis quelques semaines. Ça et là le ciel chauffé à blanc crève comme un chancre, il vomit une pluie violente et brève puis la canicule revient imperturbable, bien calée au-dessus de 35 degrés. Les balayeurs de rues cherchent la fraîcheur assis par terre dans les convenient stores réfrigérés par l’air conditionné ;  les vieux agitent des éventails avec des grâces de demoiselles, lesquelles préfèrent utiliser des ventilateurs portatifs roses qui ressemblent de loin à des vibromasseurs. Elles tentent aussi de préserver la blancheur de leur peau sous des parapluies colorés, des manchons synthétiques ou des coupe-vents anti UV. Sous serre, leur chair d’orchidée laiteuse doit mijoter à  70 degrés. La vanité est peut-être encore plus imaginative que la honte pour s’infliger des punitions raffinées.

sick 2

Ce temps met mon corps à rudes épreuves et je suis tombée malade. Angine carabinée, mal de dos strident et nausée irréfragable ;  le week-end dernier, je me sentais bien misérable, une âme en peine coincée dans sa bulle souffreteuse. C’est que j’ai trop tendance à considérer la santé comme un dû et ses éclipses comme une trahison inacceptable. Il va falloir que j’évolue sur ce point mon vieux car il est écrit que les choses n’iront pas en s’arrangeant. Toujours est-il que lundi, j’ai éprouvé une joie tapageuse de convalescente à sentir la montée de vitalité, encore un peu gauche, défroisser mon repli dans la maladie.

fall

Je n’ai pas eu le courage de faire grand-chose à part lire et dormir. Ce blog en a fait les frais, je sais, je sais. J’ai beaucoup lu et du très bon (merci aux livres de l’été de France Culture). Ian Mac Erwan et son art si singulier de pouvoir coincer tout un livre entre deux bribes de conversation d’anglais bien éduqués. Ce « tiers parlant » s’incarne sous la forme d’un fœtus dans son dernier livre Dans une coquille de noix . Dans ses autres livres, par exemple The Children Act ou Sur la page de Chesil … l’inexprimé du silence est dilaté dans d’infinis soliloques. A chaque fois, c’est magistral.

Et puis j’ai passé du temps à veiller avec Liu Xiaobo, dont j’étais en train de lire l’excellente Philosophie du Porc quand il est décédé. Sa foi dans l’avènement des droits de l’homme en Chine et dans la force de la vérité est pugnace, aussi rationnelle que véhémente. Je n’ai jamais lu un jugement aussi impeccable sur le système chinois après Mao. On conçoit que les autorités l’aient haï jusqu’à le priver de sa mort. Mais la littérature est parfois capable de réveiller les morts et je pense qu’il croyait aussi dans ce pouvoir-là.

Le projet 99 s’agite. Décision soudaine, un musée chinois du nord de Shanghai dédié aux arts performatifs a programmé deux représentations fin Septembre de la pièce collaborative 99 Live Shanghai. Branle-bas de combat. Il faut organiser un casting de lecteurs chinois, trouver un nouvelle chorégraphe, commanditer l’affiche, dégoter les costumes, rameuter chanteurs et danseurs et pour le reste compter sur ma bonne étoile pour que tout se passe bien. C’est une bonne nouvelle. Je suis soulagée.  Je suis aussi contente d’avoir persisté et entretenu mon petit feu au cas où la providence se manifesterait.  Car nous avons appris que celle ci doit toujours nous trouver bien disposé.

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