15 décembre, ne pas compter

 

Le Théâtre National de Nice est un cœur tout rond, tout rouge et ramassé sur lui-même comme une rose en bouton. On entend bien les palpitations. Le spectacle des 99 femmes (Nice) y a eu lieu samedi dernier. J’étais assez inquiète au dernier filage. Les actrices étaient un peu fébriles et indisciplinées et fabriquaient un chaos bruyant et décousu. Des faiblesses déjà maintes fois repérées ressortaient crûment et avec elles, ma frustration de devoir rester à ma place. Puis, petit miracle ! le rideau s’ouvre, la salle est comble et les femmes, enfin reliées les unes aux autres, acquièrent présence, densité et énergie. On y est, les corps parlent et s’animent. Cette genèse, totale et démunie, qui est propre au spectrale vivant, reste pour moi une source de joie inexplicable. A la fin, les femmes et les directrices artistiques L, F et J ont été très chaleureusement applaudies. J’ai pu aussi m’exprimer brièvement pour resituer le projet de Nice dans le contexte d’un dispositif conceptuel plus vaste (1).

B. a écrit un livre “A quick journey through API testing”. Quelle idée d’entrer en littérature par le style Geek ! Je ne comprends pas très bien de quoi il parle vue l’abondance d’acronymes, Node, NPM, Postman, Newman et autres mais on n’a jamais écrit un livre de Geek comme cela. Loin du ton compassé et distancié habituel, ici, l’auteur s’énerve, s’amuse et émaille son cheminement de didascalies assez hilarantes (2).

Je me suis engueulée avec ma psy ; enfin on a eu des mots ! On s’est disputé à propos d’argent ; non pas celui que je lui remets à chaque séance mais de celui qui me reviendrait de droit et que selon elle, je ne sais pas réclamer. Sa vision des choses : se faire payer, c’est compter et ne pas compter, c’est ne pas exister. J’entends ce qu’elle me dit, lui rend raison en partie mais je revendique ma petite vérité post-capitaliste, la balance complexe des réalités matérielles et immatérielles, le trafic insaisissable des dons et contre-dons. Elle ne m’a pas cru et j’ai ri. Il m’a semblé que psychanalyse et capitalisme avaient soudain d’étranges affinités. Après tout, ces deux pratiques sont nées presque en même temps dans leur forme moderne. Les idées de la psychanalyse ont elles nourri l’éthique consumériste et narcissique du capitalisme actuel ou bien est-ce l’inverse ? L’inconscient comme fonds de roulement et le sujet, une petite affaire soumise aux règles d’une économie libidinale avec ses charges et ses produits, ses créances et ses dettes, son capital, ses réserves, ses crises et ses cycles. Cet individu-là ne sert plus à grand-chose mais sa dépouille encombre (3).

 

Note 1: Après, je me suis reprochée de n’avoir pas rendu un hommage assez appuyé à l’équipe de Nice mais il était convenu que d’autres personnes prennent la parole pour s’en charger, ce qu’elles n’ont pas fait et mon vieux, l’apologie, ça ne ne s’improvise pas. Et bon! basta arrête de te justifier stp. 

Note 2: Exemple “I hate to type command lines again and again in the console. Indeed, once in two, my fingers are forking and type the wrong keys!”

Note 3: Débarrasse-toi de ce cadavre. 

 

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