Premier janvier, mon côté 2019

Je suis allée en Tunisie pour mettre en orbite les deux premiers projets 99 de 2019. Le premier aura lieu à Sousse en mars 2019. Il s’agit de la pièce originale, légèrement retouchée, produite par une équipe locale composée d’étudiantes et de profs encadrée par Aurélie Degoit. Le second projet déploiera à partir de Juin le concept complet des récits de vie à la scène. Je n’étais pas retournée en Tunisie depuis un court séjour dans un club de vacances à Nabeul dont il ne me reste que des souvenirs embrumés. De Nice à Tunis, une heure 15 d’avion. Cette proximité frappe l’esprit. On imagine la Tunisie plus bas, plus loin. La méditerranée est une flaque d’un bleu profond dont le périmètre se rétracte ou s’étale au fil des événements. Printemps arabe, chute de Ben Ali, attentats islamistes, marasme économique…. la Tunisie s’est éloignée. Un certain désenchantement transpire des murs et des visages. Sur l’avenue de France, des jeunes gens se cachent derrière des lunettes noires de contrefaçon. Dans la Médina, des chats sales et pelés déchirent des sacs à ordure, ils libèrent des senteurs lourdes qui se mêlent à celles, fringantes, du thym, du fenouil et de l’eucalyptus. Partout des hommes consomment « direct » sur « direct », attablés dans des salles carrelées en bleu et vert ; on croise aussi des matrones voilées affairées au marché, de sages étudiantes fumant en terrasse et aussi des fausses blondes moulées dans leur jean savamment déchiré, bien trop fardées pour mon côté collet-monté.

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

A Monastir, l’avion du retour a eu près de 8 heures de retard. De quoi cultiver son stoïcisme en grignotant les sandwichs secs du snack de l’aéroport offerts par la compagnie. Une salle d’attente d’aéroport est évidemment une scène-pour-voir et je ne m’en prive pas. Quelques personnages émergent çà et là : un monsieur furibond qui crie au scandale parce qu’on ne sait rien de ce qui se passe et houspille comme un roquet rageur les employés qui roulent des yeux effarés. Sa belle, beaucoup plus jeune que lui, a les cheveux rouges, le ventre découvert et l’air ennuyé. Ils ont eu ensemble un enfant assez moche qui ressemble au monsieur. Un autre monsieur réclame une attestation de retard, se plaint du WiFi intermittent qui interrompu sa partie de bridge en ligne et se frappe le cœur d’affliction comme une pleureuse professionnelle. Il croit que MA connexion wifi marche très bien mais que SA connexion, par une malédiction qui le touche spécialement, est seule défaillante. Je le rassure sur le caractère pourri de ma connexion wifi et l’égalité de nos conditions le calme un peu. 8 heures plus tard dans l’avion, il insistera jusqu’à provoquer l’embarras pour pouvoir s’asseoir au rang 2 et non au rang 6, et dit-il, sortir plus vite et gagner du temps! Un type discret m’annonce que le retard est dû à un mouvement de grève du personnel et prétend que cette information lui vient de quelqu’un de haut placé. Comme je m’en étonne et lui demande plus de renseignements sur ce mystérieux informateur, le complotiste, un brin gêné, s’éclipse. Dommage! Il y a aussi un marbrier italien qui me parle d’un marbre noir strié de hachures blanches dont le nom commercial est #hashtag, des femmes (il développe une théorie très embrouillée sur la nature incompréhensible du caractère féminin), de son admiration pour Elon Musk et il me complimente sur mon italien (ma come mai parli cosi bene l’italiano ?) parce que j’ai employé le mot de « conformismo ». Il y a encore une vieille institutrice tunisienne qui me raconte son voyage à la Mecque (récap’ rapidos: c’est très cher, on est bousculé par la foule mais c’est bien). Huit heures passent vitegrâce à l’inextinguible capacité narrative des humains ! C’est mon côté docu-fiction.

Je plains les enfants qui ont des parents difficiles et vivent affublés depuis la naissance par des êtres trop pressés d’affirmer leur autorité. Des parents qui forcent le trait jusqu’à la caricature et en deviennent douloureux, étouffants et pathétiques. Le passage du portique de sécurité à l’aéroport m’a donné à voir une scène de ce genre. Un petit garçon, 6 ans peut-être, une couronne de cheveux bouclés comme seule rébellion, passait le contrôle de sécurité avec ses parents. La mère commentait ses moindres gestes : maman prend un plateau, maman dépose son sac à main, maman cherche sa carte d’embarquement, maman te dit de ne pas t’éloigner d’un cheveu, maman te dit de revenir tout de suite. Pendant que la mère égrenait ses consignes, le petit avait déjà passé la porte dans un sens puis dans l’autre piquant des sprints-glissés sous l’œil débonnaire des agents de sécurité. Maman n’était pas contente du tout et empoignait le gosse qui n’avait d’autres solutions que de trépigner. Le père regardait ailleurs, muet, soudain prodigieusement intéressé par le rayon parfumerie du duty free. Maman ne pourrait-elle pas ficher la paix à son môme, suggérait mon côté enfantin.

Il y a un mois C m’appelait et j’entendais un zeste de chagrin dans sa voix. Je lui proposais de nous retrouver à Noel dans son fief ardéchois. Le 24 j’ai taillé la route vers l’ouest ; il faisait beau et froid, j’écoutais la radio et chantais du yaourt. Il en faut peu pour réveiller mon côté easy rider. Je suis arrivée chez C avant la nuit. La cuisine bruissait de préparatifs joyeux. Dans la famille de C, de génération en génération, on a le sens du non-sense et un goût prononcé pour la bamboche. On a fait une fiesta à tout casser et le lendemain, on s’attaquait à la restauration du jardin, encore défiguré par les furies potagères de l’ancien compagnon de C. Charretée de terre, épaulé de moellons, jetée de ronces… un gymkhana rustique très amusant qui flattait mon côté primitif.

Puisse cette nouvelle année me permettre de te révéler mon vieux tous mes côtés très 2019 : mon côté faune, mon côté flore, mon côté j’adore, mon côté jardin, mon côté bourrin, mon côté génial, mon côté banal, mon côté bigote, mon côté salope, mon côté boy-scout, mon côté bankable, mon côté sans-gêne, mon côté one again, mon côté rebelle, mon côté sorcière, mon côté baroque, mon côté vieille France, mon côté vieille branche, mon côté marrant, mon côté chiant, mon côté plan-plan, mon côté nunuche, mon côté trucmuche, etc…bref 2019 de tous côtés.

facette_pf9cnr4e6Q1qdy7vgo1_1280

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :